Elle pensait que tout venait du rythme de sa vie, du fameux surmenage. Les étourdissements passeraient, croyait-elle, avec une nuit complète et un peu de repos. Sauf qu’au fil des semaines, les bourdonnements dans l’oreille gauche se faisaient plus présents, et l’équilibre plus précaire. « J’avais l’impression de marcher sur un bateau, même dans mon salon », raconte-t-elle. Ce qui semblait une banalité liée au stress cachait en réalité un problème réel.
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Des signes banalisés pendant des mois
Au début, elle a coché toutes les cases de l’explication facile: pression au travail, nuits hachées, responsabilités familiales. Les vertiges venaient par salves, disparaissaient, puis revenaient quand le calendrier se faisait plus dense. Rien d’alarmant, pensait-elle, juste une hygiène de vie à corriger, un agenda à alléger.
Puis, un matin, un son aigu s’est installé comme une note trop longue, un sifflement unilatéral. Son téléphone sonnait du mauvais côté, et les voix semblaient soudain plus lointaines. « J’ai réalisé que je tournais la tête pour bien entendre, et que ce n’était plus une simple fatigue », confie-t-elle. La gêne devenait un compagnon, discret mais de plus en plus insistant.
Quand le diagnostic tombe
Le médecin l’oriente vers un ORL, qui prescrit une audiométrie et une IRM. La première montre une baisse d’audition d’un seul côté, la seconde révèle une petite masse près du conduit auditif interne. Le verdict tombe, calme et précis: une tumeur bénigne, probablement un schwannome vestibulaire, qui appuie sur le nerf de l’équilibre et de l’audition.
« Le mot “tumeur” fait peur, mais “bénigne” change tout de suite la perspective », explique le spécialiste. Pas de cellule maligne, pas d’urgence à opérer dans l’immédiat. Mais une surveillance et un plan adaptés à la taille, aux symptômes, et au rythme de croissance.
Un neurinome de l’acoustique, c’est quoi ?
Il s’agit d’une prolifération de cellules dites de Schwann, qui enveloppent les nerfs. Cette lésion se développe lentement, comme une goutte qui s’ajoute à la pierre, et finit par comprimer les structures avoisinantes, notamment le huitième nerf crânien. D’où les signes: trouble de l’équilibre, acouphènes, et baisse d’audition unilatérale.
Des signaux clés, souvent confondus avec des aléas de la vie, méritent pourtant une évaluation quand ils persistent:
- Vertiges répétés ou sensation de déséquilibre sans cause évidente
- Acouphènes d’un seul côté qui ne disparaissent pas
- Baisse d’audition asymétrique ou difficulté à localiser les sons
- Engourdissement du visage ou douleur proche de l’oreille
Traiter sans paniquer
Face à une tumeur bénigne de petite taille, trois voies existent: surveiller, irradier, ou opérer. La surveillance, dite « watchful waiting », consiste à faire des IRM régulières pour suivre la stabilité. C’est l’option choisie quand les symptômes restent modérés, la croissance faible, et l’audition encore préservée.
La radiothérapie stéréotaxique, comme le Gamma Knife, vise à stopper la croissance sans incision. Elle est utile pour des lésions de taille moyenne, chez des patients qui veulent limiter le risque opératoire. La chirurgie, plus invasive, retire la masse mais expose à des défis: préserver l’audition et protéger le nerf facial. « L’enjeu est d’équilibrer bénéfices et risques, au cas par cas », souligne le chirurgien.
Écouter les signaux de son corps
Ce qui a tout changé pour elle, c’est d’avoir posé un nom sur ses maux. Elle a réorganisé son quotidien, pas par culpabilité, mais pour mieux planifier ses rendez-vous, apprivoiser la fluctuation des symptômes, et se ménager des temps de vraie pause. « Ce n’est pas une faiblesse d’aller consulter, c’est un acte de lucidité », dit-elle.
Derrière l’étiquette « stress », il y avait un message du corps, chuchoté puis insistant. Et s’il faut retenir une leçon, c’est celle-ci: un symptôme qui s’installe d’un seul côté, qui progresse, qui vous déroute, mérite une oreille attentive. Entre banalisation et catastrophe, il existe une voie calme, faite d’examens posés, de décisions informées, et d’une écoute sans jugement.
Dans son cas, la surveillance a été choisie, avec des bilans tous les six mois. Les vertiges se gèrent mieux avec une rééducation vestibulaire, et l’anxiété s’apaise quand le plan est clair. Elle n’a pas « vaincu » quoi que ce soit, elle a appris à composer avec une réalité médicale, et à se faire accompagner sans se démentir.
« On croit toujours qu’on a autre chose de plus urgent à faire que de consulter », avoue-t-elle en souriant. Puis on comprend que la vraie urgence, parfois, c’est d’écouter un signal discret avant qu’il ne devienne un cri. Parce qu’entre un agenda trop chargé et sa propre santé, il y a une priorité qui ne devrait jamais vaciller.















