Dans une revue récente publiée dans la revue Neurosciences et revues biocomportementales, des chercheurs irlandais ont exploré la diversité des aliments fermentés, leurs sources et techniques de fermentation tout en examinant leur capacité à avoir un impact sur l’axe microbiote-intestin-cerveau. De plus, ils ont identifié des lacunes dans les connaissances et des défis dans l’étude des bienfaits sur la santé mentale d’aliments fermentés spécifiques et ont proposé des solutions pour mieux comprendre leur potentiel thérapeutique.
Étude : Aliments fermentés : exploiter leur potentiel pour moduler l’axe microbiote-intestin-cerveau pour la santé mentale. Crédit d’image : Molishka/Shutterstock
Sommaire
Arrière-plan
Les microbes colonisant l’intestin servent de médiateur vital dans l’axe microbiote-intestin-cerveau, reliant les signaux externes et les fonctions intrinsèques du corps et communiquant en permanence avec le système nerveux central. Divers facteurs, dont l’alimentation, influencent le microbiote intestinal et impactent les composants intestinaux, immunologiques et neuronaux de l’axe microbiote-intestin-cerveau. Des progrès récents mettent en évidence le potentiel d’interventions alimentaires ciblées sur le microbiote, telles que les probiotiques, les prébiotiques et les aliments fermentés, pour améliorer la santé mentale en modulant l’axe intestin-cerveau.
Les aliments fermentés étaient traditionnellement utilisés pour prolonger la conservation et rehausser la saveur. Ils sont divers, classés par substrats, notamment les céréales, les produits laitiers, la viande, le poisson, les légumes et les légumineuses, chacun subissant des processus de fermentation uniques. Ces aliments abritent une riche communauté microbienne influencée par le type de substrat, l’emplacement géographique, le pH et les méthodes de préparation, offrant des probiotiques potentiels, des peptides bioactifs, des composés phytochimiques et des vitamines. Les chercheurs continuent d’étudier les aliments fermentés en raison de leur capacité à façonner la composition du microbiote intestinal, à produire des métabolites bénéfiques et à moduler les voies reliant l’intestin et le cerveau, ouvrant ainsi une voie prometteuse pour les interventions diététiques.
La présente revue explore les bienfaits des aliments fermentés sur la santé mentale, en examinant leur impact sur l’axe microbiote-intestin-cerveau et en discutant des défis des études précliniques et humaines.
Les aliments fermentés et l’axe microbiote-intestin-cerveau
Les aliments fermentés influencent l’axe microbiote-intestin-cerveau via la modulation immunitaire, l’intégrité de la barrière et la régulation neuroendocrinienne. Les microbes et les métabolites des aliments fermentés interagissent avec les récepteurs, influant ainsi sur les réponses immunitaires. Les aliments fermentés améliorent l’intégrité de la barrière intestinale et hémato-encéphalique, potentiellement médiée par les métabolites microbiens. Ils influencent également l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) et les niveaux de sérotonine. Des études précliniques et humaines révèlent divers effets immunomodulateurs des aliments fermentés, soulignant la nécessité d’explorer davantage leurs interactions complexes avec l’axe microbiote-intestin-cerveau-immunité.
Les aliments fermentés exercent des effets profonds sur l’axe intestin-cerveau en modulant le système entéroendocrinien (EES), influençant les hormones intestinales comme la sérotonine, le neuropeptide-Y, le peptide de type glucagon 1 (GLP-1), la ghréline et la somatostatine. Ces hormones régulent la motilité, l’appétit et la libération d’insuline, ce qui a un impact sur le comportement alimentaire. Les aliments fermentés, riches en prébiotiques et probiotiques, façonnent le microbiote intestinal et améliorent la production d’hormones intestinales, notamment le GLP-1. Cependant, les études sur l’impact des aliments fermentés sur la satiété ne sont pas concluantes, avec des variations dans la libération d’hormones observées. De plus, les aliments fermentés peuvent modifier les niveaux de ghréline et de leptine, contribuant ainsi à réguler l’appétit. Comprendre ces interactions complexes est crucial pour exploiter les bienfaits potentiels des aliments fermentés pour la santé.
Paysage préclinique et clinique
Les aliments fermentés ont un impact sur les voies de communication intestin-cerveau, en influençant les réponses immunitaires, le microbiote intestinal, les métabolites microbiens et le système nerveux entérique. Les modèles précliniques, notamment la drosophile, le poisson zèbre, les souris et les porcs, révèlent des améliorations comportementales et des altérations du microbiote avec les produits laitiers fermentés, le soja, les produits à base de sucre et d’autres substrats. Des études humaines sur les produits laitiers fermentés montrent des effets cognitifs mitigés, tandis que des études observationnelles associent la consommation d’aliments fermentés à des profils intestinaux modifiés et à une réduction de l’anxiété. Les produits à base de soja fermenté, en particulier les isoflavones, peuvent être bénéfiques pour la fonction cognitive chez les femmes, contrairement aux associations négatives liées à la consommation de tofu. Une méta-analyse précédente suggère que les aliments fermentés sont prometteurs en termes de résultats cognitifs.
Tendances et défis futurs
La normalisation des aliments fermentés est remise en question par diverses communautés microbiennes influencées par des facteurs tels que la géographie, l’échelle de production et le type de substrat. Les conditions environnementales, la durée de fermentation, la salinité, le pH, l’humidité et le temps de maturation contribuent à la complexité. Les directives réglementaires offrent des informations limitées, nécessitant une sensibilité culturelle. Les techniques « omiques » facilitent la compréhension et l’archivage des données, mais la grande diversité des aliments fermentés nécessite une exploration plus approfondie pour une normalisation efficace, prenant en compte à la fois le potentiel bioactif et la préservation culturelle. La mise en place d’études sur l’homme pour les interventions sur les aliments fermentés présente des défis tels que la prise en compte des contrôles, soulignant la nécessité de contrôles non fermentés dans les évaluations. La mesure précise de la consommation d’aliments fermentés est entravée par la diversité des aliments recommandés, ce qui nécessite des méthodes détaillées telles que des rappels d’aliments sur 24 heures et des journaux alimentaires. Les biomarqueurs associés à la consommation d’aliments fermentés offrent une mesure précise, en utilisant des avancées telles que le métabarcodage végétal pour des empreintes digitales uniques. L’utilisation de méthodes de capture du microbiome appropriées implique de choisir des techniques à haute résolution telles que la métagénomique par fusil de chasse plutôt que le séquençage de l’ARNr 16S (abréviation de l’acide ribonucléique ribosomal).
Conclusion
En résumé, la présente étude examine l’impact substantiel des aliments fermentés sur la santé, en tirant parti de diverses souches microbiennes, métabolites et composés bioactifs pour optimiser les bienfaits pour la santé neuronale et mentale. Il souligne la nécessité d’études supplémentaires sur l’homme, en particulier avec des contrôles non fermentés, pour identifier et comprendre de manière exhaustive les impacts bénéfiques des aliments fermentés sur l’axe microbiote-intestin-cerveau. Malgré les défis, les aliments fermentés apparaissent comme des éléments essentiels dans l’évolution des thérapies basées sur le microbiote pour la santé mentale.















