La température à elle seule pourrait ne pas détecter le véritable danger : cette étude montre que l’humidité peut augmenter considérablement les risques pour la santé par temps chaud comme par temps froid, le changement climatique étant susceptible de rendre ces menaces complexes plus courantes.
Étude : L'humidité peut amplifier les risques sanitaires liés à la température dans le contexte du changement climatique. Crédit d'image : Arts de stock de qualité/Shutterstock
Dans une étude récente publiée dans la revue Rapports scientifiquesun groupe de chercheurs a évalué comment les expositions combinées à la température et à l'humidité influencent les risques pour la santé et ont identifié des seuils de risque élevés dans les scénarios de changement climatique.
Sommaire
Contexte des risques liés à la température et à l’humidité
Et si le véritable danger en cas de conditions météorologiques extrêmes n’était pas seulement la chaleur ou le froid, mais aussi la manière dont l’humidité l’amplifiait ? Des milliers de personnes meurent chaque année à cause de températures extrêmes, mais la température à elle seule n’est pas le seul risque. L'humidité affecte la façon dont notre corps s'adapte aux changements de température. Alors que le changement climatique augmente à la fois les températures extrêmes et l’humidité, il est essentiel de comprendre comment ces facteurs interagissent pour affecter la santé humaine, et des recherches supplémentaires sont nécessaires pour améliorer les processus d’évaluation des risques.
Conception d'une étude climatique sur la répartition des ambulances en Chine
Les chercheurs ont analysé les données de répartition des ambulances d'urgence dans 13 grandes villes de Chine entre 2013 et 2019, en utilisant les données quotidiennes collectées auprès des centres locaux de contrôle des maladies (CDC) et des services d'ambulance. Ces données ont fourni un indice des problèmes de santé aigus.
La température moyenne quotidienne et l'humidité relative ont été obtenues à partir des bases de données météorologiques nationales. Les facteurs de confusion environnementaux ont été pris en compte à l'aide des niveaux moyens de pollution atmosphérique, y compris les particules de moins de 2,5 micromètres (PM2,5), l'ozone (O3) et du dioxyde de soufre (SO2). Des projections climatiques ont été générées à l'aide de 12 modèles climatiques mondiaux participant à la phase 6 du projet de comparaison de modèles couplés (CMIP6), avec des parcours socio-économiques partagés (SSP) et voies de concentration représentatives (RCP).
Un modèle de régression quasi-Poisson en série chronologique avec un modèle non linéaire à décalage distribué (DLNM) a été appliqué pour évaluer les effets différés sur la santé sur sept jours. La température et l'humidité ont été divisées en catégories basées sur des percentiles, générant 400 scénarios d'exposition composés, et regroupées en catégories chaud-humide, chaud-sec, froid-humide et froid-sec.
Les chercheurs ont regroupé les estimations spécifiques aux villes dans les estimations des risques au niveau national à l’aide de méthodes de méta-analyse traditionnelles. Les seuils pour les événements à haut risque ont été identifiés en fonction du risque relatif (FR) modèles et points d’inflexion statistiques.
Résultats des risques pour la santé liés à la température et à l’humidité
L'analyse a porté sur environ 2,46 millions de dossiers de répartition d'ambulances, révélant une relation claire entre les conditions météorologiques et les risques pour la santé. Elle a également montré que l'association entre la température et les envois d'ambulances suit une courbe en forme de U, la chaleur extrême et le froid extrême étant associés à un risque plus élevé d'envois.
L'analyse des effets combinés de la température et de l'humidité a montré que les quatre types d'événements composés étaient associés à un risque accru et que les événements composés de température et d'humidité présentaient des risques plus élevés que les expositions uniques à la température sous les mêmes seuils de température. Le plus grand risque évalué concernait le type d'événement froid et sec (FR = 1,102 ; 95% CI = 1,045 – 1,161), suivi de chaud-humide (FR = 1,093 ; 95% CI = 1,068 – 1,118). Les événements chauds-secs et froids-humides ont également montré des risques élevés, avec des FRs de 1,091 et 1,081, respectivement.
Il est important de noter que les résultats suggèrent que les températures ne doivent pas nécessairement se situer aux extrémités de la distribution pour présenter un risque élevé lorsqu’elles sont combinées à une humidité défavorable. Cette découverte suggère que se fier uniquement aux seuils de température peut sous-estimer les risques réels pour la santé. L'étude a également démontré que les événements composés produisaient systématiquement des risques plus élevés que les expositions à une température unique inférieure aux mêmes seuils.
Vulnérabilité par âge et projections climatiques
Les adultes plus âgés étaient plus susceptibles d’appeler une ambulance pendant les périodes chaudes, humides et sèches que les adultes plus jeunes. En outre, les personnes âgées de 80 ans et plus présentaient le risque le plus élevé lors d'événements chauds et humides, tandis que les personnes âgées de 60 à 79 ans présentaient également un risque élevé. Les adultes plus jeunes et d'âge moyen étaient plus vulnérables lors d'événements froids et humides, bien qu'une certaine sensibilité accrue ait également été observée chez les personnes âgées de 80 ans et plus et chez celles de moins de 17 ans, ce qui montre que les profils de risque variaient selon les groupes d'âge.
L'analyse spatiale a révélé une fréquence élevée d'événements composés dans les régions climatiques du sud-est et du centre, où il fait chaud et humide. Historiquement, ces régions connaissaient entre 20 et 40 événements composés chaque année. Cependant, avec les futurs scénarios climatiques projetés, la fréquence et la superficie des événements composés augmenteront considérablement, en particulier dans les scénarios à émissions élevées tels que le SSP585.
Le nombre d’envois d’ambulances imputables à des événements complexes devrait augmenter au cours des prochaines décennies, atteindre ses niveaux les plus élevés vers le milieu du 21e siècle, puis diminuer plus tard au cours du siècle. Les événements liés à la chaleur, en particulier les conditions chaudes et humides, devraient devenir le principal facteur de risque pour la santé. En revanche, les risques liés au froid devraient diminuer avec le temps.
Alerte précoce et implications pour la santé publique
L’étude suggère que l’humidité amplifie considérablement les risques pour la santé associés aux températures extrêmes, rendant les événements composés de température et d’humidité plus dangereux que la température seule. Les conditions chaudes et froides deviennent dangereuses lorsqu’elles sont combinées à des niveaux d’humidité défavorables, en particulier pour les populations vulnérables. À mesure que le changement climatique se poursuit, ces risques combinés se produiront régulièrement, déplaçant le fardeau vers les risques liés à la chaleur. Il est important d’inclure plusieurs facteurs météorologiques dans les évaluations des risques sanitaires afin d’obtenir des prévisions plus précises. Ces résultats soulignent l’importance d’améliorer les systèmes d’alerte précoce et les stratégies de santé publique fondées sur les expositions environnementales cumulatives.

















