Le moustique de brousse coréen, tolérant au froid, peut prospérer là où d’autres moustiques invasifs luttent, ce qui soulève de nouvelles questions sur la manière dont il doit être suivi, identifié et évalué pour son risque de maladie.
Étude : Juste un autre moustique à rayures blanches ? Une étude exploratoire et une synthèse de discussions de groupe sur Aedes koreicus en Europe. Crédit d’image : Cloudpost/Shutterstock
Dans une revue récente acceptée pour publication dans la revue Acta Tropicaun groupe d’auteurs a cartographié les preuves disponibles sur Aedes koreicus en Europe et identifié des priorités en matière de surveillance, de recherche et de communication publique.
Sommaire
Arrière-plan
Un moustique détecté pour la première fois en Europe en 2008 est désormais établi dans plusieurs pays, mais les questions sur sa biologie et son importance pour la santé publique restent sans réponse. Aedes koreicus peut tolérer des conditions plus fraîches que Aedes albopictuslui permettant de coloniser les zones montagnardes et péri-alpines où son parent peut avoir des difficultés. Il s’agit d’un moustique se reproduisant en conteneurs dont les œufs peuvent survivre aux hivers froids. Ces caractéristiques sont importantes pour les communautés où les moustiques envahissants peuvent devenir une nuisance piquante et pour les programmes de surveillance conçus autour Aedes albopictus. L’espèce reste peu étudiée, ce qui nécessite des preuves sur sa répartition, son identification, son écologie et sa transmission.
Les chercheurs ont effectué une recherche sur Web of Science et Scopus le 6 juin 2025, en utilisant «Aedes koreicus » OU « Aé. coréen.» La recherche a été mise à jour le 17 février 2026. Deux auteurs ont examiné les titres et les résumés, résolvant les désaccords par la discussion. Les articles éligibles devaient être publiés dans des revues à comité de lecture et enquêter Aedes koreicus; les prépublications et les résumés de conférences ont été exclus. Les enregistrements de distribution ont été combinés avec les données VectorNet du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies et les enregistrements scientifiques citoyens de Mosquito Alert.
Un atelier multidisciplinaire s’est tenu à Trente, en Italie, le 10 février 2026, avec 41 participants de six pays, tous basés dans l’aire de répartition non indigène de l’espèce. Les participants ont travaillé dans cinq groupes de discussion et les rapporteurs ont enregistré les principaux arguments et recommandations. Les participants représentaient la modélisation écologique et épidémiologique, l’entomologie médicale et de terrain et la pratique de la santé publique, offrant des perspectives interdisciplinaires sur les défis opérationnels et les priorités de recherche pour l’espèce.
Base factuelle et diffusion européenne
La recherche a identifié 334 articles. Après la suppression de 222 doublons et de 21 études inéligibles, il restait 91 articles, tous publiés après 2011. La plupart des études ont été menées en Europe, dont 55 étaient axées sur la surveillance. Aedes koreicus est originaire de Chine, de Corée et de l’est de la Russie. Sa première détection documentée en dehors de son aire de répartition d’origine a eu lieu en Belgique en 2008. L’examen a ensuite enregistré des détections en Italie en 2011 ; Russie et Slovénie en 2013 ; la Suisse en 2013 ; Allemagne en 2015 ; la Hongrie en 2016 ; Autriche et Kazakhstan en 2018 ; la République tchèque en 2021 ; et la Slovaquie en 2024.
Surveillance et identification
Un problème pratique majeur consiste à distinguer Aedes koreicus provenant de moustiques morphologiquement similaires. La surveillance standard des ovitraps ne permet pas de distinguer de manière fiable ses œufs de ceux des Aedes japonicus, Aedes albopictusou Aedes géniculatus. Parce que Aedes koreicus est plus tolérant au froid que Aedes albopictusil peut être actif plus tôt au printemps et plus tard en automne.
Dans une étude de validation en aveugle, la spectrométrie de masse à temps de vol par désorption/ionisation laser assistée par matrice (MALDI-TOF MS) correctement classés tous testés Aedes koreicus œufs, bien que les spectres de référence et la qualité des spécimens puissent affecter l’identification. La reconnaissance optique des motifs des œufs permet de distinguer certaines espèces, mais Aedes japonicus et Aedes koreicus restent difficiles à séparer. L’analyse de la forme des ailes a permis d’obtenir des précisions de reclassification de 96,5 % pour les femmes et de 91,3 % pour les hommes.
ADN environnemental (ADNe), combiné à une réaction en chaîne par polymérase en temps réel et à une amplification isotherme médiée par une boucle, est prometteur mais nécessite une validation plus approfondie. La science citoyenne peut étendre sa couverture, même si une participation inégale et des difficultés liées à l’identification photographique limitent son utilisation à des fins d’inférence rigoureuse.
Génétique et biologie
Études génétiques utilisant la cytochrome oxydase I mitochondriale (COI) et la sous-unité 4 de la NADH déshydrogénase (ND4) les marqueurs ont identifié au moins cinq groupes d’haplotypes majeurs, suggérant de multiples introductions en provenance d’Asie suivies d’une dispersion et d’un mélange. L’analyse de 145 échantillons COI a identifié un haplotype très divergent provenant d’Autriche et de Belgique, soulevant la possibilité de lignées génétiques distinctes ou d’espèces cryptiques. Les études génomiques ont identifié des caractéristiques potentiellement associées à la tolérance au froid et à l’adaptation environnementale, mais leur signification fonctionnelle reste floue.
La température influence fortement les performances. La plage optimale est généralement de 20 à 28 °C ; des températures supérieures à 30°C affectent négativement la survie et la fécondité, tandis que des températures inférieures à 10°C sont largement défavorables au développement et à l’activité. La diapause améliore la survie et l’éclosion des œufs après une exposition à des températures inférieures à zéro. Les preuves en laboratoire indiquent une faible compétition larvaire avec Aedes albopictusalors que les interactions naturelles restent non caractérisées. Dans la seule étude quantitative européenne sur les repas de sang identifiée par la revue, les chevreuils européens représentaient environ 63 % des repas de sang et les humains environ 15 %, bien que les habitudes alimentaires semblaient être fortement influencées par la disponibilité des hôtes locaux.
Compétence vectorielle, contrôle et modélisation
Des études expérimentales en laboratoire montrent que Aedes koreicus peut être infecté par Dirofilaria immitis et les arbovirus, notamment les virus Sindbis, dengue, chikungunya et Zika, et peuvent favoriser la transmission dans des conditions spécifiques. La transmission est généralement faible pour le chikungunya et le Zika, mais augmente dans des conditions plus chaudes. La transmission de la dengue a été observée à 28 °C dans une étude et à 26 °C avec une efficacité de 20 % dans une autre, tandis que le virus Sindbis a montré une efficacité de transmission de 67 à 100 % dans un échantillon limité. L’espèce n’a pas réussi à transmettre les virus du Nil occidental et du Tahyna dans des conditions de laboratoire. Les auteurs considèrent qu’il est peu probable qu’il s’agisse d’un vecteur primaire d’arbovirus, même si une abondance locale élevée et des conditions appropriées pourraient permettre une contribution localisée à la transmission.
Peu d’études ont évalué la résistance aux insecticides. Les résultats variaient selon l’insecticide et la période d’échantillonnage, tandis qu’une étude italienne a confirmé la sensibilité des larves à Bacillus thuringiensis à un taux inférieur à celui de Aedes albopictus. Les études de modélisation incluaient des approches corrélatives et mécanistes, mais des données biologiques et de surveillance limitées et incohérentes ont limité le développement, l’étalonnage et la validation du modèle.
Communication et priorités
Les experts ont mis l’accent sur une communication transparente sans messages alarmistes, car la pertinence pour la santé publique reste incertaine. Ils ont favorisé la gestion intégrée des moustiques et la participation des écoles, des scientifiques citoyens et des acteurs locaux. Les priorités comprenaient une surveillance plus large dans les zones de montagne et de plaine, une meilleure identification des espèces, des recherches sur la compétence et la compétition des vecteurs, des ensembles de données harmonisés à long terme et une recherche génomique et écologique plus poussée.
Conclusions
Les auteurs ont conclu que Aedes koreicus reste sous-étudié malgré près de deux décennies de détection en Europe. L’examen a établi une base de référence, tout en reconnaissant que des notices peuvent manquer dans les bases de données bibliographiques et qu’une confusion taxonomique antérieure peut limiter l’exhaustivité. Ils ont identifié comme priorités la révision des cadres de surveillance, l’identification fiable des espèces et l’harmonisation des ensembles de données de surveillance à long terme. Ils ont également considéré que des études génomiques, écologiques, sur la compétence vectorielle et sur la compétition étaient nécessaires pour combler les lacunes dans les connaissances. Ils ont souligné que l’espèce devrait actuellement être présentée principalement comme une nuisance plutôt que comme une menace établie pour la santé publique humaine, tandis que l’incertitude et les préoccupations vétérinaires nécessitent une attention continue de la part des parties prenantes.
















