Les chercheurs ont suivi les habitudes alimentaires de plus de 100 000 adultes en semaine et le week-end afin de déterminer si des changements apparemment minimes dans la fenêtre alimentaire quotidienne pouvaient avoir une incidence sur la santé cardiovasculaire à long terme.
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Les irrégularités dans l’horaire des repas entre la semaine et le week-end étaient associées à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires chez les hommes, selon une nouvelle étude publiée dans la revue Médecine de la communication.
Sommaire
Arrière-plan
Les personnes vivant dans les sociétés industrialisées modernes organisent souvent leurs routines de la semaine autour de leurs obligations professionnelles, éducatives ou domestiques, ce qui les oblige à ajuster leurs heures de repas et de sommeil en conséquence. Cependant, pendant le week-end, leurs routines peuvent s’aligner davantage sur leur chronotype, qui représente les préférences individuelles en matière d’horaires d’activité et de repos.
Une telle irrégularité dans les horaires de sommeil et de repas entre la semaine et le week-end peut perturber le système circadien, l’horloge interne de 24 heures du corps qui régule les épisodes de vigilance et de somnolence en réponse au cycle environnemental jour-nuit.
Alors que l’irrégularité du timing veille-sommeil entre les jours de semaine et le week-end est appelée décalage horaire social, manger le décalage horaire fait référence à une irrégularité dans le timing des repas. Le décalage horaire social a été largement associé aux complications cardiométaboliques chez les adultes. Des études portant sur l’impact du moment des repas sur la santé cardiovasculaire ont indiqué que prendre le premier et le dernier repas plus tard dans la journée est associé à un risque plus élevé de maladie cardiovasculaire, tandis que prendre le premier repas plus tard est associé à un risque plus élevé de diabète de type 2.
Pour combler cette lacune, la présente étude observationnelle prospective visait à explorer la relation entre le décalage horaire alimentaire et le risque de maladie cardiovasculaire dans une cohorte française.
Conception de l’étude
Les chercheurs ont analysé les données de 104 806 participants à l’étude de cohorte électronique NutriNet-santé en cours, qui a débuté en 2009 pour étudier l’association entre la nutrition et la santé.
Les données sur l’apport alimentaire et le moment des repas ont été collectées auprès des participants au moyen d’un questionnaire de rappel alimentaire de 24 heures pendant 3 jours non consécutifs, dont un jour de week-end. Cela a été répété tous les six mois. Le décalage horaire alimentaire a été calculé comme la différence entre les points médians d’alimentation en semaine et le week-end, définis comme le premier et le dernier apport calorique de la journée, à l’aide des enregistrements collectés au cours des deux premières années de suivi.
Les participants dont le point médian d’alimentation ne différait pas de plus d’une heure entre les jours de semaine et les week-ends ont été classés dans le groupe « d’entretien ». Les participants qui ont suivi un point médian d’alimentation plus d’une heure plus tôt le week-end que les jours de semaine ont été classés dans le groupe « avancé ». Les participants qui ont suivi un point médian d’alimentation plus d’une heure plus tard le week-end que les jours de semaine ont été classés dans le groupe « retardé ».
Des données sur les événements cardiovasculaires ont également été collectées auprès des participants au moyen d’un questionnaire de santé, qui a ensuite été validé par rapport à leurs rapports médicaux.
principales conclusions
L’étude a mis en évidence une association significative entre l’intensité du décalage horaire et les risques accrus de maladies cardiovasculaires et de maladies coronariennes chez les participants masculins sur un suivi médian de 8,1 ans.
Plus précisément, manger en décalage horaire a montré des associations significatives avec des risques accrus de maladies cardiovasculaires et de maladies coronariennes chez les participants masculins du groupe avancé, par rapport aux participants du groupe de maintenance. Dans le groupe retardé, seul le risque de maladie coronarienne était significativement plus élevé. Cependant, l’association était plus prononcée dans le groupe avancé. Aucune association n’a été observée avec les maladies cérébrovasculaires.
Les résultats étaient similaires après avoir pris en compte le décalage horaire social et après avoir exclu les travailleurs de nuit probables ou les chômeurs.
Importance de l’étude
L’étude suggère que les différences dans les horaires des repas entre la semaine et le week-end pourraient être pertinentes pour la santé cardiovasculaire, bien que la conception observationnelle ne puisse établir de causalité.
Comparés aux hommes qui maintiennent un horaire de repas constant tout au long de la semaine, ceux qui suivaient un horaire de repas avancé le week-end présentaient un risque plus élevé de maladie cardiovasculaire et de maladie coronarienne, tandis que ceux qui retardaient leur heure de repas du week-end présentaient un risque plus élevé de maladie coronarienne. Ces associations étaient indépendantes de la qualité de l’alimentation et persistaient après prise en compte de l’heure du coucher, de la durée totale du sommeil et du décalage horaire social.
Le décalage horaire social, une irrégularité des horaires veille-sommeil entre la semaine et le week-end, a été largement associé à des effets cardiométaboliques indésirables. L’ajustement du décalage horaire social n’a produit que des changements mineurs dans les associations observées dans cette étude. Compte tenu de ces résultats, les chercheurs soulignent que l’étude du décalage horaire chez de grandes populations fortement exposées au décalage horaire social pourrait permettre de déterminer si des interventions ciblant le calendrier des repas tout au long de la semaine pourraient atténuer les impacts négatifs du décalage horaire social sur la santé.
Notamment, des associations significatives ont été détectées chez les hommes mais pas chez les femmes, bien que le test formel d’interaction sexe par sexe ne soit pas statistiquement significatif. Un risque absolu plus élevé d’événements cardiovasculaires chez les hommes que chez les femmes peut expliquer en partie ces observations. Les différences hommes-femmes dans les habitudes de vie et les activités socioprofessionnelles peuvent également contribuer aux variations observées dans les estimations des risques.
Dans une analyse stratifiée, des associations ont été observées uniquement parmi les participants dont le premier repas avait eu lieu après la médiane de la cohorte de 8h02. Cette découverte, ainsi que les résultats généraux, suggèrent que le moment et la régularité des repas peuvent être pertinents pour le risque cardiovasculaire à long terme, bien que des études d’intervention soient nécessaires pour déterminer si le changement du moment des repas réduit le risque.
L’une des limites potentielles de l’étude est l’indisponibilité de données sur les horaires de travail réels des participants. Les chercheurs ont donc supposé que du lundi au vendredi correspondaient aux jours de semaine et que le samedi et le dimanche correspondaient aux week-ends. Cependant, tous les participants n’ont peut-être pas ces horaires de travail, ce qui pourrait conduire à une sous-estimation de la prévalence et de l’intensité du décalage horaire alimentaire dans la population étudiée.
Les analyses de l’étude ont été ajustées en fonction de plusieurs facteurs de confusion liés au mode de vie et sociodémographiques. Cependant, une confusion résiduelle due à d’autres facteurs, tels que le stress au travail, la consommation de drogues à des fins récréatives, l’exposition à la lumière la nuit, le moment de l’activité physique et le moment de la prise des médicaments, ne peut être entièrement exclue. La cohorte était également composée à 79 % de femmes et n’était pas représentative de la population française, ce qui limitait la généralisabilité des résultats. Les données sur le sommeil n’étaient disponibles que pour un sous-échantillon et ont été collectées en 2014.
















