Selon une nouvelle étude publiée dans JAMC (Journal de l'Association médicale canadienne) https://www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.250665.
Des chercheurs de l'Université McMaster ont cherché à comprendre les différences persistantes de revenus liées à l'identité parmi les médecins exerçant au Canada. Ils ont mené une étude qualitative comprenant des entrevues auprès de 55 médecins de famille de l'Ontario.
« Les disparités salariales liées au sexe, à la race et au statut d'immigration persistent parmi les médecins canadiens, même au sein des spécialités et après ajustement en fonction des heures travaillées », explique la Dre Meredith Vanstone, professeure au Département de médecine familiale et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la complexité éthique des soins primaires à l'Université McMaster, à Hamilton, en Ontario.
Cela se voit en médecine familiale, même si les médecins sont généralement payés selon des barèmes d’honoraires standardisés. Notre étude démontre que les réponses des médecins aux attentes qu'ils perçoivent de la part des patients peuvent contribuer à ces écarts salariaux. Ils nous ont dit que les attentes des patients diffèrent selon leur identité et celle des patients. »
Dre Meredith Vanstone, professeure, Université McMaster
« Les médecins répondent aux attentes perçues des patients en ajustant leur pratique et leur comportement, y compris la façon dont ils interagissent, la durée d'un rendez-vous et les services qu'ils fournissent », explique la Dre Monika Dutt, candidate au doctorat à l'Université McMaster et médecin de famille. « Ce sont des décisions qui peuvent en fin de compte avoir un impact sur les revenus. »
Alors que de plus en plus de femmes et de diplômés internationaux en médecine exercent la médecine au Canada, il est important de comprendre et de remédier aux inégalités de revenus, d'autant plus que les revenus des spécialités médicales comptant une proportion élevée de femmes médecins ont diminué par rapport aux revenus dans d'autres spécialités.
Points clés :
- Les médecins percevaient que leur identité et celle de leurs patients influençaient les attentes des patients à leur égard. Par exemple, les patients s’attendaient à ce que les femmes médecins passent plus de temps avec eux et leur apportent davantage de soutien émotionnel. Ce temps supplémentaire par visite peut réduire le nombre de rendez-vous avec les patients et donc les revenus.
- Les participants à l'étude ont rapporté que les patients préféraient souvent les médecins du même sexe pour certains types de soins, notamment les examens pelviens, la grossesse, la ménopause, la dysfonction érectile et les examens de la prostate. En Ontario, les frais de facturation pour l'insertion d'un dispositif intra-utérin (DIU) et le dépistage du cancer du col de l'utérus sont faibles par rapport aux frais d'autres services.
- De nombreux patients préféraient être soignés par des médecins issus du même milieu culturel ou linguistique. Généralement considéré comme positif par les médecins participant à l'étude, cela pourrait poser des problèmes si les patients s'attendaient à des soins préférentiels ou à des services similaires à ceux offerts dans leur pays d'origine. De plus, les médecins racialisés ont indiqué qu’ils devaient parfois consacrer plus de temps à éduquer leurs patients ou à défendre leurs intérêts. cela réduit le temps passé avec d’autres patients et affecte les revenus.
« Étant donné que le fait de fournir des interactions plus longues et plus complètes avec les patients limite le nombre de rendez-vous ou de services que les médecins peuvent fournir, les femmes peuvent subir des désavantages financiers dans les modèles de rémunération qui dépendent de la taille de la liste ou du volume de patients », écrivent les auteurs.
Pour remédier aux disparités salariales, les auteurs suggèrent que les modèles de rémunération pourraient s'adapter au temps supplémentaire requis pour certains types de soins. Le barème des tarifs doit être examiné pour s'assurer que les services associés à l'anatomie féminine (par exemple, examens pelviens, insertion d'un DIU) ne sont pas sous-payés.
« Les médecins de famille de l'Ontario sont sensibles aux attentes de leurs patients. Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose, car cela donnera probablement lieu à des patients satisfaits dont les besoins sont bien satisfaits », souligne le Dr Vanstone.
« Ces résultats peuvent être pertinents pour la planification des effectifs médicaux et pour garantir des soins en équipe qui tiennent compte des antécédents et des compétences des médecins pour améliorer les résultats pour les patients », concluent les auteurs.

























