Dans une étude récente publiée dans la revue Progrès scientifiques, Des chercheurs ont analysé les données d'enquêtes menées auprès d'individus en Inde pour comprendre la mortalité et l'espérance de vie pendant la pandémie de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19). Ils ont constaté que l'espérance de vie en Inde a diminué de 2,6 ans en 2020, avec 1,19 million de décès supplémentaires, affectant de manière disproportionnée les groupes d'âge plus jeunes, les femmes et les groupes sociaux marginalisés.
Sommaire
Arrière-plan
La pandémie de COVID-19 a entraîné une mortalité importante à l’échelle mondiale et une réduction de l’espérance de vie. Dans les pays à revenu élevé (PRE), des systèmes de surveillance robustes ont enregistré une baisse notable de l’espérance de vie et une augmentation des disparités selon le statut socioéconomique et l’origine ethnique. Cependant, l’ampleur et la variation sociale des décès dus à la COVID-19 dans les pays à revenu faible et intermédiaire restent mal comprises en raison de ressources limitées et d’une réponse sanitaire et d’une qualité des données inadéquates.
Étant donné que l’Inde est le pays le plus peuplé du monde avec une démographie très diversifiée, une estimation précise de la mortalité due à la pandémie est essentielle pour comprendre l’impact mondial de la pandémie.
Les chercheurs de la présente étude ont donc estimé l’évolution de l’espérance de vie par groupe social et par sexe de 2019 à 2020 en Inde, où l’on estime qu’un tiers des décès excédentaires mondiaux dus à la pandémie pourraient avoir eu lieu. En utilisant des données de haute qualité issues de l’Enquête nationale sur la santé de la famille-5 (NFHS-5) de l’Inde, les chercheurs ont cherché à combler les lacunes actuelles dans les connaissances causées par des données incomplètes. Ils ont également estimé la surmortalité mensuelle en 2020 par rapport à la base de référence, ce qui a permis de comparer les impacts de la mortalité due à la pandémie sur différentes populations.
À propos de l'étude
Dans la présente étude, un « sous-échantillon » des données NFHS-5 a été utilisé (n = 765 180), qui comprenait des ménages interrogés en 2021, représentant 23,2 % de la population indienne. La mortalité a été estimée pour 2018, 2019 et 2020 à l'aide de questions rétrospectives, garantissant des comparaisons impartiales. Dans un premier temps, l'espérance de vie à la naissance a été comparée entre 2019 et 2020 pour l'ensemble du sous-échantillon et séparément pour les deux sexes. De plus, les hindous de caste supérieure ont été comparés aux groupes sociaux suivants : castes répertoriées (SC), tribus répertoriées (ST), musulmans et autres classes défavorisées (OBC). Des questions rétrospectives sur les décès des ménages ont été utilisées pour estimer la mortalité par âge.
Des données supplémentaires ont été obtenues à des fins de comparaison à partir du système d'enregistrement des échantillons, du système d'enregistrement des faits d'état civil, de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et des Perspectives de la population mondiale des Nations Unies. Des contrôles de robustesse ont été effectués pour garantir la représentativité du sous-échantillon et répondre aux préoccupations potentielles liées à la qualité des données et au biais de rappel.
Résultats et discussion
Les résultats ont révélé une réduction de 2,6 ans de l’espérance de vie à la naissance entre 2019 et 2020, une baisse plus sévère que dans les pays à revenu élevé et plus importante que les estimations précédentes pour l’Inde. Cette baisse a été particulièrement prononcée parmi les groupes d’âge les plus jeunes et les plus âgés, avec une mortalité plus élevée que prévu chez les personnes âgées, peut-être en raison de taux de mortalité par infection plus élevés et des effets indirects de la pandémie.
Les disparités entre les sexes sont également évidentes, les femmes connaissant une baisse plus importante de leur espérance de vie (3,6 ans) que les hommes (2,6 ans), probablement en raison de l’inégalité entre les sexes en matière de soins de santé et d’allocation des ressources. Les disparités sociales ont également été mises en évidence, les SC, les ST et les musulmans connaissant une plus grande réduction de leur espérance de vie que les hindous de haute caste. Les musulmans ont connu une baisse de 5,4 ans, les ST une baisse de 4,1 ans et les SC une baisse de 2,7 ans, ce qui s’ajoute aux inégalités préexistantes.
L'étude a estimé une augmentation de 17,1 % de la mortalité en 2020 par rapport à 2019, avec des pics significatifs au cours des quatre derniers mois de 2020. Si l'on extrapole ces chiffres à l'ensemble du pays, on obtient un excédent de décès d'environ 1,19 million en 2020, soit un chiffre nettement supérieur aux chiffres officiels des décès dus à la COVID-19 et aux estimations précédentes de l'OMS. Les schémas de surmortalité ont été validés par les données de l'état civil dans les États où les taux d'enregistrement des décès sont élevés.
Les données de l’enquête NFHS-5 ont fourni des informations précieuses sur la mortalité liée à la pandémie, en comblant les lacunes laissées par les données administratives et les enquêtes non représentatives. L’étude est renforcée par l’utilisation de données complètes et de haute qualité provenant de l’enquête NFHS-5, qui fournissent un échantillon large et diversifié pour une analyse impartiale de la mortalité. Les tendances observées suggèrent que les effets indirects de la pandémie et du confinement pourraient avoir contribué à l’augmentation de la mortalité.
Cependant, des données supplémentaires sont nécessaires pour différencier les impacts directs et indirects de la COVID-19 sur la mortalité en 2020 et au-delà. En outre, les regroupements géographiques et les différences de composition dans le sous-échantillon limitent potentiellement la généralisabilité des résultats à l’échelle nationale.
Conclusion
En conclusion, l’étude met en évidence une baisse significative de l’espérance de vie et une augmentation de la mortalité en Inde pendant la pandémie de COVID-19, en particulier chez les femmes, les groupes d’âge plus jeunes et les communautés marginalisées. Elle souligne l’importance de données de haute qualité pour comprendre ces crises et démontre l’efficacité des méthodes d’estimation rétrospective de la mortalité.
À l’avenir, les études pourraient examiner les disparités entre les sexes et l’âge, différencier les impacts directs et indirects de la mortalité, élargir la couverture géographique et améliorer la qualité des données. Des interventions ciblées en faveur des groupes défavorisés sont essentielles pour remédier aux inégalités exacerbées et améliorer les réponses aux crises à l’avenir.

















