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Santé publique : la catastrophe annoncée de la NASH, et les moyens de l’éviter

par Ma Clinique
7 juin 2023
dans Actualités médicales, À la une
Temps de lecture : 4 min
Santé publique : la catastrophe annoncée de la NASH, et les moyens de l’éviter

Santé publique : la catastrophe annoncée de la NASH, et les moyens de l’éviter

La stéatose hépatique non alcoolique – appelée NASH outre-Atlantique – est plus connue en France sous le nom de « la maladie du foie gras ». Corrélée à une mauvaise hygiène alimentaire, elle touche de plus en plus de Français et pourrait déboucher sur une catastrophe sanitaire dans quelques dizaines d’années. Si les conséquences de cette maladie sur la santé peuvent être très graves, il existe néanmoins des solutions efficaces pour retrouver de bonnes habitudes hygiéno-diététiques, et prévenir de nombreuses pathologies.

Les répercussions de l’épidémie mondiale de surpoids et d’obésité – dénoncées régulièrement par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – sont malheureusement très nombreux. Une maladie cible en particulier le foie : la stéatose hépatique non alcoolique (ou Non Alcoholic Steatose Hepatitis – NASH). Elle consiste en une surcharge graisseuse du foie, la plupart du temps liée à une alimentation trop grasse et surtout trop sucrée, et à la sédentarité. « La surcharge en graisse peut rester bénigne : il s’agit de la NAFLD (non alcoholic fatty liver disease). « C’est la 1ère cause de maladie chronique du foie dans le monde, avec une prévalence de 25,7 % et de 3 % à 10 % chez les enfants et les adolescents », prévient le Pr Cyrielle Caussy, endocrinologue au CHU de Lyon. « Mais certains patients développent une forme plus grave avec inflammation, évoluant vers une fibrose : il s’agit là de la NASH. Cette pathologie est alors plus qu’une maladie du foie car ce dernier est au centre de tout le processus métabolique. Le foie NASH, chroniquement malade et inflammé, produit de nombreuses molécules circulantes, avec des effets néfastes. Ainsi, le premier danger pour les patients NASH est cardiovasculaire. »

En effet, dans 20 % des cas (soit un patient sur 5), la surcharge de graisses dans le foie est à l’origine de troubles cardiovasculaires. La NASH peut aussi causer des infections et d’autres maladies hépatiques graves qui évoluent parfois en fibrose, en cirrhose, voire en cancer. Si le mot « cirrhose » est, dans l’imaginaire collectif, associé à l’abus d’alcool ; il est aussi lié à l’abus de sucres. En France, on estime à 20 millions de personnes la population potentiellement concernée par la NASH. Autant dire qu’il y a urgence à traiter le problème. Et à en parler.

Adopter de meilleures habitudes hygiéno-diététiques

Les causes de la stéatose hépatique non alcoolique sont connues, et ne sont pas très surprenantes : une mauvaise alimentation et le manque d’exercice quotidien en sont les premiers coupables. « Le sucre se transforme en graisse au niveau du foie », explique le Dr Eric Buleux-Osmann, président de l’association Transhépate. « Même s’il faut surveiller ses apports en graisses, on a dans l’ensemble, et sauf contre-indication médicale particulière, plus à craindre du sucre que du gras. En outre, il faut savoir que l’activité physique est importante car elle va aider à assimiler le sucre. L’idéal est de marcher au moins 1 heure par jour. » Mais souvent, une volonté défaillante et le manque de temps balayent nos bonnes résolutions.

Dans le combat contre la surcharge pondérale, le plus important est de retrouver un équilibre alimentaire à long terme. C’est par exemple ce que proposent les 115 centres du Groupe Éthique & Santé en France. Ici, un double accompagnement, médical et diététique, est proposé aux patients afin de retrouver une bonne hygiène alimentaire et donc, de maigrir durablement. Les patients suivent alors le programme RNPC (Rééducation nutritionnelle et psycho-comportementale), qui se déroule en trois phases. Ce programme, basé sur de nombreuses études scientifiques internationales, cible la circonférence abdominale (le tour de taille) et le stockage viscéral des graisses, c’est-à-dire au niveau des organes où celles-ci n’ont pas naturellement leur place. « Concernant le foie, organe le plus représentatif de ce phénomène d’accumulation ectopique de graisses, les conséquences de « la maladie du foie gras humain » sont extrêmement graves », alerte Rémy Legrand, concepteur du programme RNPC. « À court terme, ce sont les complications cardiovasculaires qui sont à craindre, surtout qu’il n’est pas rare que cette maladie soit accompagnée d’autres maladies métaboliques comme le diabète ou l’apnée du sommeil ; à long terme ce sont les complications hépatiques, telles que la cirrhose ou l’hépatocarcinome (cancer du foie), qui mettent en danger la vie du patient, nécessitant bien souvent une greffe en urgence. » Dans ces centres, l’accompagnement pluridisciplinaire porte ses fruits, et la recherche ne s’arrête jamais. Le groupe Éthique & Santé discutera d’ailleurs les dernières avancées dans la lutte contre la sucharge pondérale lors de son 3e Congrès multidisciplinaire, le 1er juillet prochain.

Dès 2011, une étude anglaise a par ailleurs démontré une réalité alarmante : les dépôts de graisse excessifs dans le foie comme dans le pancréas sont responsables de pathologies lourdes, comme le diabète de type 2 et la NASH. Des études plus récentes, notamment l’étude DiRECT (pour Diabetes Remission Clinical Trial) menée par cette même équipe anglaise, et une étude cubaine, ont néanmoins prouvé qu’une perte de 10 % minimum du poids initial permettait de guérir totalement de ces maladies une grande majorité des patients atteints. Un objectif de perte de poids conséquent mais atteignable, en témoigne l’étude publiée en 2018 par Obesity Medicine et conduite auprès de 12 179 patients adhérents à la méthode RNPC, et dont la perte de poids a été de 17 % au terme de 8 à 9 mois.

Diagnostic précoce et traitement médicamenteux

Pour lutter contre la NASH, la recherche pharmaceutique et scientifique continue, parallèlement à la prise en charge non thérapeutique à long terme telle que proposée par le programme RNPC. Cela va des moyens de détection aux traitements médicamenteux, les deux approches étant là aussi complémentaires, en témoigne le partenariat signé fin 2022 entre l’entreprise française de haute technologie EchoSens et l’entreprise pharmaceutique danoise Novo Nordisk. EchoSens – spécialiste mondial des solutions de diagnostics du foie – et Novo Nordisk – laboratoire spécialiste du diabète – qui travaillent désormais ensemble pour accélérer la bataille contre la NASH. Selon Dominique Legros, directeur général d’EchoSens, « la NASH est la forme la plus grave de la stéatose hépatique non alcoolique. Elle présente peu de symptômes non spécifiques, voire aucun, au stade précoce, entraînant de fait de mauvaises orientations vers les soins secondaires avec des patients qui restent souvent non diagnostiqués jusqu’à l’apparition de complications irréversibles. Il est urgent de parvenir à une adoption plus large de nos tests hépatiques non invasifs pour améliorer le diagnostic des personnes vivant avec la NASH. Nous nous sommes associés à Novo Nordisk pour allier nos forces et notre mission commune afin de donner aux professionnels de santé de meilleurs moyens pour évaluer, diagnostiquer et gérer cette maladie ».

Les méthodes de diagnostic ont en effet beaucoup évolué et sont largement moins invasives qu’il y a vingt ans, lorsque les ponctions hépatiques douloureuses étaient le seul moyen de diagnostiquer formellement une NASH. EchoSens a par exemple mis au point le FibroScan, destiné à mesurer l’élasticité du foie. De leur côté, les Danois de Novo Nordisk poursuivent leurs recherches de traitements à base de sémaglutide qui scellerait une grande avancée dans la lutte contre la NASH et contre la maladie d’Alzheimer, selon l’étude de 2021 intitulée Essence. Le PDG de Novo Nordisk, Lars Fruergaard Jørgensen, souligne « l’impressionnant potentiel de réduction de poids du sémaglutide » qui pourrait, selon lui, constituer une avancée significative contre la NASH, ayant « une chance relativement bonne de fonctionner dans les premiers stades de la maladie, mais pas au stade fibrotique ». Le fruit de ce travail de recherche pharmaceutique ne sera pas commercialisable avant 2028. D’où la nécessité d’un diagnostic précoce.

En attendant, le meilleur médicament reste la perte de poids en cas de surcharge pondérale, le rééquilibrage de notre alimentation et l’exercice physique quotidien. L’approche diététique est donc essentielle. Absolument tous les médecins sont d’accord là-dessus. À l’hôpital Antoine-Béclère (AP-HP), le Pr Gabriel Perlemuter, chef de service hépato-gastro-entérologie, insiste lui aussi sur l’importance des mesures diététiques, avec une formule choc : « Le traitement le plus prometteur contre la NASH ? Arrêter la junk food ! » Écoutez-le, votre foie vous dira merci.
Par ailleurs, si un médicaments est une jour indiqué dans cette pathologie, il ne sera efficace que si ces règles hygiéno-diététiques de base sont appliquées sur le long terme.

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