L’endroit où un enfant est blessé au Canada peut toujours déterminer s’il a accès à des soins spécialisés en traumatologie. De nouvelles données nationales révèlent qui a été laissé de côté et pourquoi.
Étude : Accès aux centres de traumatologie pédiatrique au Canada : une étude de cohorte rétrospective basée sur la population. Crédit image : Sergueï Mikheev/Shutterstock.com
Les enfants qui subissent un traumatisme majeur sont mieux traités dans les centres de traumatologie pédiatrique. Une étude récente publié dans la revue JAMC examiné l'accessibilité de ces centres au Canada, en se concentrant sur la proportion d'enfants nécessiteux qui les fréquentaient.
Sommaire
Les soins spécialisés en traumatologie préviennent la mort et l’invalidité
Les traumatismes continuent d'être la principale cause de décès chez les enfants au Canada. Rien qu’en 2018, 202 décès dus à des traumatismes ont été enregistrés chez des enfants de moins de 14 ans, et 3 574 enfants sont restés handicapés. Au total, 14 237 admissions à l’hôpital ont eu lieu dans ce groupe démographique, ainsi que 818 166 visites aux urgences. Cela représente près de trois milliards de dollars en termes économiques.
Cet impact pourrait être atténué en fournissant de bons soins de traumatologie, un aspect clé étant un accès rapide aux centres spécialisés. Chaque province canadienne a mis en place son système de traumatologie depuis les années 1980. Il s'agit de réseaux hospitaliers de soins aigus pour chaque zone géographique, couvrant plusieurs niveaux de soins, les centres de traumatologie pédiatrique étant des hôpitaux de niveaux I et II.
Les enfants ayant subi un traumatisme majeur ont 41 % moins de risques de mourir s'ils sont traités dans des centres de traumatologie pédiatriques ou adultes. Ils nécessitent également beaucoup moins de chirurgies d’urgence et de procédures d’imagerie. Des études antérieures ont exploré le potentiel et réalisé l’accès à de tels centres en Amérique du Nord.
La présente étude visait à déterminer la proportion d'enfants ayant subi un traumatisme majeur qui ont consulté un centre de traumatologie pédiatrique au Canada et à identifier les différences selon l'âge, la gravité du traumatisme, la partie blessée et le mécanisme de la blessure.
Suivi de l’accès aux soins de traumatologie pédiatrique
L'étude a utilisé une conception de cohorte basée sur la population couvrant des enfants âgés de moins de 16 ans hospitalisés pour un traumatisme majeur dans neuf provinces (à l'exclusion du Québec). Le score de gravité des blessures a été utilisé pour identifier les traumatismes majeurs en fonction des classifications anatomiques et de gravité. Dans tous les cas, le score était supérieur à 12.
Les chercheurs ont estimé le taux d'accès à un tel centre dans toutes les provinces, à l'aide de la régression de Poisson, en stratifiant selon l'âge et la gravité de la blessure.
L'accès varie selon l'âge, la gravité des blessures et la province.
L'étude a porté sur 3 007 enfants hospitalisés dans des centres de soins aigus pour traumatismes majeurs, l'âge moyen étant d'environ neuf ans. Alors qu'environ 64 % étaient des hommes, 18 % ont été grièvement blessés. Les blessures à la tête et à la poitrine représentaient environ 61 % et ~33 % des blessures graves, avec environ 43 % des traumatismes liés à des collisions de véhicules automobiles.
D’une province à l’autre, seule la proportion de blessures à la tête et à l’abdomen ainsi que les mécanismes de blessure variaient.
Près de 77,6 % (2 335 enfants) ont atteint un centre de traumatologie pédiatrique. Cela concorde avec les chiffres américains de 2019 et 2020, qui montrent que 73 à 74 % des enfants traumatisés ont potentiellement accès à de tels centres dans l'heure, contre 59 % rapportés en 2006. Cependant, le chiffre correspondant au Canada pour 2016 n'était que de 65 %.
L'accès accru actuel peut refléter à la fois les lignes directrices ultérieures recommandant la prise en charge des traumatismes pédiatriques dans de tels centres et le développement de ces systèmes au fil du temps.
Parmi ces 2 335 enfants, 879, soit 29 %, ont été directement transportés vers le centre. À l’inverse, 48,4 % (1 456 enfants) ont d’abord été admis dans un autre centre de soins aigus, y compris des centres de traumatologie pour adultes ou des hôpitaux sans désignation de traumatologie, puis transférés vers leurs centres de traumatologie respectifs.
Plus de 80 % des enfants traumatisés âgés de moins de douze ans ont été admis dans des centres de traumatologie. En revanche, 70 % des enfants âgés de 13 à 15 ans y ont eu accès. Les enfants souffrant de blessures plus graves étaient plus susceptibles d'accéder à ces centres, avec des taux d'admission de près de 90 % pour les patients gravement blessés.
Dans les neuf provinces étudiées, un quart des enfants traumatisés n’ont pas eu accès à un centre de traumatologie.
Les comparaisons provinciales ont montré un accès plus faible en Colombie-Britannique, dans les provinces de l'Atlantique et en Saskatchewan, les probabilités étant d'environ 20 à 30 % inférieures à celles de l'Ontario. En revanche, l'Alberta et le Manitoba avaient des chances d'accès de 6 à 14 % plus élevées.
Ces différences d'accès se reflétaient dans les sous-groupes en fonction du groupe d'âge, du mécanisme de la blessure et de la gravité. Ils reflètent également les conclusions américaines. Des recherches récentes suggèrent que ces centres sont plus bénéfiques pour les jeunes enfants que pour les adolescents, pour qui l'accès aux centres pédiatriques n'a pas été systématiquement associé à une amélioration des résultats en matière de mortalité.
Les taux d'admission étaient corrélés aux taux d'accès potentiels d'une heure et reflétaient la disponibilité de ces centres. Par exemple, comparativement à l'Ontario, qui compte 0,37 centre par 10 000 km, et au Manitoba, avec 0,38 centre pour 10 000 habitants de moins de 15 ans, la Colombie-Britannique ne compte que 0,11 et 0,14 centre, respectivement.
De même, les provinces de l'Atlantique font face à des difficultés logistiques, puisque moins de la moitié des enfants se trouvent à moins d'une heure de route d'un tel centre.
Mais d’autres facteurs entrent également en jeu, comme les soins préhospitaliers et les protocoles décisionnels, ainsi que les transferts entre hôpitaux. Encore une fois, les hôpitaux non pédiatriques peuvent contribuer aux retards dans les soins définitifs en traumatologie pédiatrique, en particulier lorsque la préparation pédiatrique et les voies de transfert sont limitées.
L'amélioration de l'accès aux centres de traumatologie pédiatrique au Canada nécessite donc une stratégie à plusieurs volets, en commençant par des protocoles de gestion standardisés dans les sites de traumatologie et les hôpitaux non pédiatriques. Cela faciliterait et améliorerait les soins de traumatologie, encore plus que les infrastructures lourdes d’investissement au départ. Une ligne directrice américaine similaire a été publiée par l’American College of Surgeons en 2021.
D'autres mesures potentiellement utiles consistent à rendre tous les hôpitaux capables de trier rapidement les traumatismes pédiatriques et à établir des lignes d'assistance téléphonique par téléconsultation pour tirer parti des compétences disponibles dans les centres de traumatologie pédiatrique. Celles-ci présentent le double avantage d’éviter des transferts inutiles si l’enfant peut être pris en charge plus près du domicile, même dans un centre non pédiatrique.
Des bases de données nationales devraient être créées pour capturer toutes les données sur les traumatismes de l’ensemble du pays, avec des liens vers les données des services d’urgence et des sorties d’hôpital. Cela contribuerait à garantir des soins de haute qualité, équitables et correctement surveillés et à identifier les domaines dans lesquels des investissements futurs seraient possibles.
Améliorer l’accès nécessite une action politique
Au Canada, un enfant traumatisé sur quatre est traité à l’extérieur d’un centre de traumatologie pédiatrique, et ce chiffre varie selon les provinces. Les interventions politiques à court et à long terme sont essentielles pour améliorer les soins de traumatologie pédiatrique.
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