À mesure que la survie en soins intensifs s'améliore, les chercheurs étudient si l'acupuncture pourrait devenir un complément à faible risque et fondé sur des données probantes aux soins intensifs, aidant les patients à se rétablir plus rapidement tout en réduisant le recours à une sédation et à des médicaments lourds.
Étude : Acupuncture pour les patients en soins intensifs : preuves, mécanismes et défis de mise en œuvre. Crédit image : Photos de votre vie/Shutterstock.com
Les chercheurs ont récemment mené une mini-revue pour étudier les résultats cliniques et les mécanismes d'action proposés de l'acupuncture chez les patients des unités de soins intensifs (USI). Cette revue est disponible dans Frontières en neurologie.
Sommaire
Défis dans la récupération post-USI
Les progrès en matière de survie extracorporelle et de surveillance de précision ont conduit à une baisse significative des taux de mortalité en soins intensifs. Malgré ces progrès, les patients présentent souvent des complications, telles qu'une douleur persistante, un délire, une faiblesse acquise en soins intensifs (ICU-AW) et une dysmotilité gastro-intestinale, qui entravent la récupération fonctionnelle et diminuent la qualité de vie.
Des études multicentriques récentes ont montré que l'ICU-AW touche 40 à 50 % des patients, perpétuant un cycle de faiblesse musculaire, d'augmentation du risque d'infection et d'hospitalisation prolongée. En général, ces patients sont traités avec des opioïdes, des benzodiazépines, des relaxants musculaires et des agents procinétiques, qui peuvent soulager les symptômes mais provoquent fréquemment des effets indésirables tels que la dépression respiratoire, la résistance aux médicaments et le délire. Il existe donc un besoin urgent d’interventions non pharmacologiques avec des effets secondaires minimes et compatibles avec les technologies de surveillance actuelles.
Qu’est-ce que l’acuponcture ?
L'acupuncture est une pratique de médecine traditionnelle chinoise qui consiste à insérer de fines aiguilles dans des points spécifiques du corps pour soulager la douleur et favoriser la guérison. Il agit en stimulant les nerfs pour libérer des analgésiques naturels tels que les endorphines, ou en équilibrant l'énergie vitale (Qi) du corps lorsqu'elle circule dans les méridiens. La recherche clinique contemporaine se concentre sur les mécanismes neurophysiologiques et immunomodulateurs plutôt que sur les explications traditionnelles basées sur l'énergie.
L'acupuncture est utilisée pour traiter diverses affections, notamment les douleurs chroniques, les maux de tête et les nausées. En raison de ses effets régulateurs multi-cibles, de son adaptabilité et de sa reproductibilité, l’acupuncture suscite un intérêt croissant de la part des praticiens en soins intensifs.
Prise en charge des patients en soins intensifs et acupuncture
La gestion de l’analgésie et de la sédation chez les patients sous ventilation mécanique est un processus complexe. Bien qu’une maladie grave nécessite souvent une augmentation des opioïdes et des benzodiazépines, elle augmente les risques de dépression respiratoire, de tolérance et de délire.
Une utilisation excessive de sédatifs et d'analgésiques peut prolonger le sevrage, déclencher un délire et conduire à une USI-AW qui réduit la mobilité, ralentit la récupération, allonge les séjours à l'hôpital et augmente les taux de réadmission, en particulier chez les patients nécessitant une ventilation mécanique prolongée. Actuellement, les cliniciens recommandent un maintien précoce de la force musculaire et un entraînement fonctionnel en réanimation.
Les problèmes gastro-intestinaux sont fréquents chez les patients en soins intensifs, allant de la constipation et de la rétention gastrique à la diarrhée et à une perméabilité intestinale accrue. Ces problèmes sont souvent causés par une combinaison de maladies, de médicaments et de stratégies nutritionnelles.
Les principaux effets de l’acupuncture sur les patients en soins intensifs sont discutés ci-dessous.
Analgésie et sédation
L'acupuncture, en particulier l'électroacupuncture (EA) et la stimulation électrique transcutanée des points d'acupuncture (TEAS), est de plus en plus explorée dans les protocoles de récupération en soins intensifs. Ces méthodes peuvent aider à réduire l’utilisation de sédatifs et d’analgésiques, à soutenir la gestion du ventilateur et à raccourcir les séjours sous ventilation mécanique et en soins intensifs, probablement en raison des avantages de la stimulation électrique continue.
ICU-AW et rééducation précoce
En Chine, l'acupuncture est désormais couramment intégrée aux programmes de réadaptation ICU-AW. Les premières études suggèrent qu’il pourrait améliorer la force musculaire, la fonction neuromusculaire et la masse musculaire, ainsi que réduire le temps de ventilation mécanique. Des études plus vastes sont nécessaires pour confirmer ces avantages.
Délire et troubles cognitifs
Des études récentes suggèrent que l'acupuncture pourrait jouer un rôle dans la prévention et le traitement du délire chez les patients en soins intensifs en régulant les neurotransmetteurs, en réduisant l'inflammation et en rétablissant les rythmes circadiens. Les premières preuves suggèrent qu'il peut augmenter le nombre de jours sans délire et réduire les taux de délire, bien que des études plus vastes soient nécessaires pour confirmer ces avantages.
Fonction gastro-intestinale
L'acupuncture régule la fonction intestinale en améliorant la constipation et en réduisant la diarrhée. Des études cliniques rapportent que l'acupuncture augmente les selles et soulage la constipation induite par les opioïdes, tout en réduisant l'incidence de la diarrhée chez les patients recevant une nutrition entérale.
Mécanismes d'action de l'acupuncture chez les patients en soins intensifs
L'acupuncture réduit l'inflammation, soulage la douleur et diminue les besoins de sédation chez les patients en soins intensifs en activant les voies anti-inflammatoires et modulatrices de la douleur. Plus précisément, il inhibe les réponses inflammatoires systémiques par la voie anti-inflammatoire nerf vague-cholinergique (CAP), comme le montrent des études précédentes.
Des études antérieures ont montré que l'acupuncture module la signalisation de la douleur à plusieurs niveaux, notamment au niveau des systèmes nerveux périphérique, rachidien et central, ce qui conduit à une sédation améliorée et à un soulagement de la douleur. La stimulation des fibres Aδ et C envoie des signaux via le tractus spinothalamique au système nerveux central, déclenchant la libération d'endorphines et d'enképhalines, qui sont des analgésiques naturels qui élèvent les seuils de douleur et réduisent les réponses au stress.
De plus, l’acupuncture augmente les neurotransmetteurs clés, tels que la sérotonine et la noradrénaline, qui contribuent davantage au soulagement de la douleur et à la stabilité émotionnelle. Collectivement, ces effets réduisent le besoin de sédatifs et contribuent à minimiser leurs effets secondaires chez les patients en soins intensifs.
L'acupuncture contribue également à l'équilibre hormonal en régulant l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, ce qui peut aider à normaliser la réponse au stress et améliorer l'immunité, la préservation musculaire et les résultats neurocomportementaux, tels que le délire et la qualité du sommeil. Cette intervention améliore la circulation sanguine et le métabolisme tissulaire, favorisant ainsi la cicatrisation des plaies et la récupération musculaire chez les patients en soins intensifs. En stimulant la production d’oxyde nitrique, il dilate les capillaires et améliore l’apport de nutriments. L'acupuncture stimule également les processus énergétiques cellulaires et réduit le stress oxydatif, ce qui facilite la réparation des tissus et la protection contre les dommages.
Des recherches antérieures mettent en évidence le potentiel de l’acupuncture pour rétablir l’équilibre du microbiote intestinal. Ces études suggèrent qu’il peut inverser les déséquilibres induits par les antibiotiques, augmenter les bactéries bénéfiques telles que Bifidobacterium et Lactobacillus et diminuer les bactéries nocives.
Conclusion et perspectives d'avenir
L'acupuncture offre une option complémentaire potentiellement à faible risque pour les soins intensifs, aidant à réduire la dépendance aux médicaments, à soutenir le sevrage du ventilateur, à réduire les soins intensifs-AW et le délire et à améliorer la fonction gastro-intestinale.
Ces avantages, obtenus grâce à des mécanismes à voies multiples, rendent l'acupuncture particulièrement utile lorsque les thérapies conventionnelles sont limitées. Cependant, la qualité actuelle des preuves est limitée et l’acupuncture doit être considérée comme une thérapie complémentaire plutôt que de remplacement.
Les recherches futures devraient donner la priorité aux essais à grande échelle, à la standardisation des procédures d'acupuncture et à la collecte de données sur les résultats réels à long terme. Une enquête plus approfondie sur les mécanismes, ainsi qu'une attention portée aux questions éthiques et réglementaires, seront essentielles à l'intégration de l'acupuncture en tant que composante standardisée des soins en soins intensifs.
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