Dans une étude récente publiée dans la revue Forum ouvert sur les maladies infectieuses, les chercheurs ont étudié l’impact du COVID-19 sur la morbidité maternelle sévère (SMM), des complications potentiellement mortelles qui surviennent au moment de l’accouchement. Ils ont utilisé des données déclassifiées de plus de 93 600 accouchements entre mars 2020 et juillet 2021 et ont découvert que les risques, en particulier ceux du syndrome de détresse respiratoire de l’adulte et de l’insuffisance rénale aiguë, étaient entre 1,66 et 2,22 fois plus élevés chez les mères atteintes du syndrome respiratoire aigu sévère coronavirus 2 (SRAS). CoV‑2) pendant la grossesse par rapport à celles qui n’en ont pas. En tandem avec des recherches antérieures identifiant les graves inconvénients de l’infection maternelle par le SRAS-CoV-2 sur son nouveau-né, ces résultats mettent en évidence le besoin critique d’un diagnostic rapide et d’un traitement adéquat de la maladie chez les futures mères.
Qu’est-ce qui rend les grossesses spéciales ?
Les grossesses sont le seul moyen par lequel une espèce à reproduction sexuée peut persister de génération en génération. Dans le contexte de l’épidémiologie humaine, cependant, les grossesses représentent une période immunologiquement extrêmement vulnérable pour une future mère. Au cours de leur grossesse, les femmes courent un risque considérablement accru de contracter des maladies graves, dont beaucoup peuvent avoir des conséquences potentiellement mortelles pour elles et leurs nourrissons.
Des recherches récentes suggèrent que les femmes enceintes sont plus susceptibles au SRAS‑CoV‑2, l’agent pathogène responsable de la pandémie actuelle de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19). Les preuves observationnelles présentent un risque deux à trois fois plus élevé que les femmes enceintes contractent des infections graves au SRAS-CoV-2 (nécessitant des admissions en soins intensifs et une ventilation) par rapport à leurs homologues non enceintes.
Des études antérieures ont étudié les impacts des infections par le SRAS‑CoV‑2 sur l’issue de la grossesse. Cependant, la plupart de ces études se sont concentrées sur les aspects de la grossesse et de l’accouchement, la morbidité maternelle sévère (SMM) restant sous-étudiée et mal comprise. Les connaissances limitées sur les associations entre le COVID-19 et les SMM concernent de petites cohortes d’échantillons non généralisables et ont donc présenté des résultats confondants. Bien qu’il n’existe pas de définition universellement acceptée, le SMM fait généralement référence à des événements ayant un impact sur la santé et mettant la vie en danger qui surviennent lors d’une hospitalisation pour l’accouchement.
Comprendre l’influence du COVID-19 sur les SMM est impératif, tant du point de vue médical que socio-économique : s’ils ne sont pas traités, les SMM entraînent généralement une mortalité maternelle ou fœtale ; même lorsqu’elles sont traitées, les SMM nécessitent des soins spécialisés, ce qui alourdit considérablement le fardeau financier déjà élevé associé aux accouchements de routine.
À propos de l’étude
Dans la présente étude, les chercheurs ont utilisé une méthodologie de cohorte rétrospective pour comprendre la fréquence des SMM associés au COVID-19 aux États-Unis (US) à l’aide de données d’assurance déclassifiées de l’OptumLabs Data Warehouse (OLDW). Tous les accouchements entre le 11 mars 2020 et le 1er juillet 2021 ont été inclus dans l’étude, à condition qu’ils soient inscrits à une couverture pharmaceutique (cette police d’assurance dispose d’une disponibilité complète des données médicales) et qu’ils soient inscrits à un plan d’assurance commercial pour les 294 jours précédant l’accouchement.
La collecte de données comprenait les dossiers de réclamation des médecins, des laboratoires et des établissements (hôpital/clinique) pour 294 jours avant et 30 jours après l’accouchement. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis utilisent 21 critères pour la définition du SMM, qui ont été adoptés sans modification pour cette étude. De plus, l’âge gestationnel à l’accouchement a été estimé à partir du code Z3A de la CIM-10-CM. Les données de diagnostic de la COVID-19 ont été obtenues à partir du rapport de l’établissement ou du médecin, les cas de COVID-19 non confirmés cliniquement étant exclus de la cohorte finale.
Les caractéristiques démographiques et socio-économiques de la mère, notamment l’âge, l’éducation, la race/origine ethnique, la région de résidence et le statut d’assurance, ont été utilisées pour les corrections statistiques. Les analyses comprenaient des tests du chi carré et des régressions de Poisson pour évaluer les facteurs associés au risque de SRAS-CoV-2 et aux associations directes SMM-COVID-19, respectivement.
Étude : Risque de morbidité maternelle sévère associée à l’infection par le SRAS-CoV-2 pendant la grossesse. Crédit d’image : PHOTO DE SUKJAI/Shutterstock
Résultats de l’étude
L’ensemble de données final de l’étude comprenait 93 624 accouchements entre mars 2020 et juillet 2021, dont 4,8 % (4 428) présentaient un rapport d’infection maternelle par le SRAS-CoV-2 pendant la grossesse. Parmi celles-ci, 27,0 % (1 211) ont été infectées par le SRAS‑CoV‑2 au cours des sept jours précédant l’accouchement, 13,5 % au cours du mois précédant l’accouchement et le reste plus tôt pendant la période de gestation.
Les analyses statistiques ont révélé que les mères plus jeunes étaient plus susceptibles de contracter le COVID-19 pendant la grossesse que leurs homologues plus âgées (15-24 ans contre plus de 24 ans). Les corrélations sociodémographiques ont révélé que les minorités ethniques et les mères financièrement défavorisées couraient également un risque plus élevé de contracter la maladie que leurs voisins blancs plus aisés.
Sur l’ensemble de 93 624 données, 1 983 livraisons répondaient à la définition du SMM du CDC américain. Parmi ceux-ci, 631 SMM étaient liés à des transfusions sanguines, soit via la transfusion de sang contaminé, soit via le processus transfusionnel lui-même (par exemple, le rejet par l’hôte du sang d’un donneur).
De manière alarmante, le risque de SMM a été gravement affecté par l’infection par le SRAS‑CoV‑2, avec une probabilité jusqu’à 2,2 fois plus élevée pour les mères infectées par le COVID-19 au cours de la semaine précédant l’accouchement. La septicémie et l’insuffisance rénale ont été les plus touchées, avec une incidence 3 à 4 fois plus élevée, quel que soit le moment de l’infection au COVID-19.
« Le plus grand fardeau de l’infection par le SRAS-CoV-2 en termes d’impact sur le SMM a été observé chez les personnes présentant au moins un problème de santé préexistant. Parmi ceux ayant un problème de santé préexistant, le risque de SMM était près de trois fois plus élevé. après une infection par le SRAS-CoV-2 par rapport à l’absence d’infection (aRR 2,97 ; IC à 95 % 2,64 à 3,29), et parmi les personnes infectées, le SRAS-CoV2 a contribué à 66 % des cas de SMM »
Enfin, les résultats de l’étude suggèrent que l’infection par le SRAS‑CoV‑2 représente 60 % de tous les SMM noirs non hispaniques et 57 % de tous les SSM hispaniques. Les chercheurs estiment qu’entre 2 et 3 % de tous les SMM pourraient avoir été évités grâce à la détection et au traitement précoces du COVID-19 et aux politiques visant à prévenir la transmission du virus aux femmes enceintes.





















