Les chercheurs découvrent le chevauchement alarmant entre le COVID-19, l’EM/SFC et les symptômes graves et longs du COVID, appelant à de meilleurs diagnostics et stratégies de soins.
Incidence et prévalence de l'encéphalomyélite myalgique post-COVID-19 : un rapport de l'étude observationnelle RECOVER-Adult. Crédit d'image : CKA/Shutterstock
Une étude récente publiée dans le Journal de médecine interne générale a exploré la survenue de l'encéphalomyélite myalgique/syndrome de fatigue chronique (EM/SFC) à la suite de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19).
À l'aide des données de l'étude RECOVER-Adult, une équipe de recherche des États-Unis (US) a évalué la prévalence et l'incidence de l'EM/SFC chez les personnes se remettant de la COVID-19, a identifié les principaux symptômes et les a comparés à des personnes non infectées pour mieux comprendre la situation post-infection. -Résultats sur la santé du COVID.
Sommaire
Arrière-plan
L'encéphalomyélite myalgique/syndrome de fatigue chronique (EM/SFC) est une maladie débilitante souvent déclenchée par des infections. La recherche montre que certains virus, notamment Epstein-Barr et Ross River, peuvent entraîner l'EM/SFC, qui se caractérise par une fatigue chronique, un malaise post-effort, des troubles cognitifs et un manque de sommeil réparateur.
L’émergence mondiale de la COVID-19 a accru les inquiétudes quant à ses impacts à long terme sur la santé, collectivement appelés séquelles post-aiguës de la COVID-19 (PASC), ou COVID longue. Des études ont révélé que la fatigue était un symptôme courant chez les patients atteints de COVID longue, ainsi que des problèmes cognitifs et un malaise post-effort – des symptômes qui correspondent également à un diagnostic d’EM/SFC.
Malgré ce chevauchement, les données quantifiant l’incidence de l’EM/SFC après la COVID-19 restent limitées. Ce manque de connaissances entrave une compréhension et une prise en charge globales de l’EM/SFC chez les patients post-COVID. En outre, l’identification des groupes de symptômes PASC met en évidence un large spectre de symptômes, y compris un groupe particulièrement grave associé à l’EM/SFC. L'étude de ces associations est également essentielle pour orienter les stratégies de soins de santé, améliorer les critères de diagnostic et développer des interventions ciblant cette maladie complexe aux multiples facettes.
À propos de l'étude
Dans la présente étude, l'équipe a utilisé les données de la cohorte RECOVER-Adult, qui faisait partie d'une enquête observationnelle longitudinale menée sur 83 sites américains. Il comprenait des adultes diagnostiqués avec des infections par le coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS-CoV-2) et des individus non infectés comme témoins.
Les participants ont été classés en trois groupes : ceux qui ont été inscrits dans le mois suivant l’infection (infectés en phase aiguë), ceux inscrits après 30 jours (infectés en post-aiguë) et les participants non infectés avec des tests SARS-CoV-2 négatifs confirmés. L'étude a exclu les personnes atteintes d'EM/SFC préexistantes.
Les chercheurs ont collecté des données à l’aide des symptômes et comorbidités autodéclarés enregistrés lors des visites d’étude tous les trois mois. Un diagnostic d'EM/SFC était basé sur les critères cliniques de l'Institute of Medicine (IOM), avec une fatigue persistante, un malaise post-effort, un sommeil non réparateur et des symptômes cognitifs ou orthostatiques durant six mois ou plus comme conditions pour un diagnostic positif. De plus, des questionnaires spécifiques ont été utilisés pour évaluer la gravité des symptômes, notamment des évaluations des troubles cognitifs.
L'étude a également identifié quatre groupes de symptômes distincts parmi les participants atteints de PASC, allant de légers à graves. Le groupe 4, le groupe le plus symptomatique, comprenait un malaise post-effort sévère, de la fatigue, des troubles cognitifs et d'autres symptômes, étroitement alignés sur l'EM/SFC. La plupart des cas d’EM/SFC faisaient partie de ce groupe.
En outre, l’étude a utilisé des analyses statistiques telles que l’appariement des scores de propension pour minimiser les biais entre les cohortes infectées et non infectées. Les taux d'incidence de l'EM/SFC ont été calculés en comparant les nouveaux diagnostics chez les individus gravement infectés à ceux des témoins appariés.

Pourcentage de participants infectés et non infectés présentant des symptômes d’EM/SFC
Principales conclusions
Les résultats ont indiqué que les infections par le SRAS-CoV-2 augmentaient considérablement le risque de développer l’EM/SFC. Parmi les participants infectés, 4,5 % présentaient des symptômes correspondant aux critères diagnostiques de l'EM/SFC six mois après l'infection, ce qui est significativement plus élevé que les 0,6 % observés chez les témoins non infectés.
De plus, le taux d'incidence parmi les personnes gravement infectées pour 100 années-personnes était de 2,66, ce qui était également significativement plus élevé que le taux de 0,93 observé parmi les participants non infectés.
Le symptôme le plus courant chez les personnes infectées était un malaise post-effort, signalé par 24 % des participants. D'autres symptômes fréquemment signalés comprenaient des troubles cognitifs, un sommeil non réparateur et de la fatigue, tous correspondant aux critères diagnostiques de l'EM/SFC. De plus, la prévalence des symptômes était nettement plus élevée chez les participants en phase post-aiguë que chez les cas aigus, soulignant la nature progressive des symptômes post-infectieux.
Quatre-vingt-neuf pour cent des participants diagnostiqués avec l’EM/SFC post-COVID-19 ont également été classés comme ayant un COVID long, la majorité étant affectée au groupe PASC 4, le sous-groupe le plus symptomatique. Cela souligne un chevauchement possible entre le PASC sévère et l’EM/SFC post-COVID.
L’étude a rapporté une multiplication par quatre du risque de développer une EM/SFC chez les personnes infectées par le SRAS-CoV-2 par rapport aux personnes non infectées. Les résultats ont également souligné l’importance de reconnaître l’EM/SFC comme une séquelle post-COVID importante et de mettre en œuvre des interventions de soins de santé ciblées.
Conclusions
Dans l’ensemble, l’étude suggère que l’infection par le SRAS-CoV-2 augmente considérablement la probabilité de développer une EM/SFC, en particulier chez les personnes présentant de longs symptômes de COVID. Les résultats ont également indiqué un risque plus élevé d’EM/SFC chez les patients atteints de la COVID-19 qui étaient plus âgés, de sexe féminin ou qui présentaient des affections préexistantes associées à la douleur.
Les auteurs de l’étude ont noté plusieurs limites, notamment le recours aux symptômes autodéclarés, un éventuel biais de rappel et l’exclusion des cas de COVID-19 hospitalisés. Cependant, ces limites ont été contrebalancées par la méthodologie rigoureuse de l'étude, notamment une inscription précoce et des suivis fréquents.
Ces résultats ont souligné la nécessité d'une reconnaissance précoce des symptômes de l'EM/SFC à la suite d'infections par le SRAS-CoV-2, d'amélioration des critères de diagnostic et de stratégies de soins complètes pour traiter cette maladie débilitante.
















