Les psycholinguistes du Centre pour le langage et le cerveau ont découvert que les capacités de traitement phonologique continuent d'influencer la maîtrise de la lecture de textes chez les adolescents de 15 à 18 ans. Cette découverte conforte la croyance de longue date selon laquelle, dans cette tranche d’âge, les compétences de traitement phonologique ne sont pas impliquées dans la lecture. L'étude a été publiée dans PLOS One.
Phonème – est la plus petite unité phonétique qui permet de distinguer un mot d’un autre. Il a été affirmé précédemment que des compétences de traitement phonologique (c'est-à-dire la capacité d'opérer avec des phonèmes) sont nécessaires aux premiers stades du développement de la lecture. Cependant, des chercheurs du Centre pour le langage et le cerveau (Moscou, Saint-Pétersbourg) ont remis en question cette hypothèse et ont mené l'étude auprès de 161 participants adolescents (de la 8e à la 11e année).
Les participants ont effectué plusieurs tâches : tâche de lecture de texte, tâches de lecture de mots et de pseudomots, tâche phonologique. Dans le test phonologique, il a été demandé aux adolescents de changer le son d'un pseudo-mot : par exemple, il leur a été demandé de changer le son /n/ en /n'/ dans un pseudo-mot « chichina ». Ces tâches permettent d'évaluer avec quelle réussite les adolescents révisent des unités de sons inconnues et effectuent des opérations mentales avec des sons dans des mots inexistants.
Les résultats de l'étude ont montré que les compétences de traitement phonologique influencent toujours la maîtrise de la lecture de textes chez les adolescents. Mieux les adolescents fonctionnent avec les phonèmes, plus vite ils lisent des textes cohérents. La même association n’était pas évidente dans la maîtrise de la lecture de mots et de pseudo-mots. Les auteurs de l'étude proposent que la lecture de texte soit une tâche plus exigeante sur le plan cognitif qui implique de multiples processus cognitifs (y compris phonologiques) pour sa réussite, tandis que la lecture au niveau des mots est principalement automatisée chez les adolescents.
Les auteurs de l'étude ont également étudié le rôle de l'attitude envers la lecture chez les adolescents. Il a été constaté que leur attitude à l'égard de la lecture (c'est-à-dire s'ils aiment lire ou non) influence de manière significative la fluidité de la lecture des textes. Ce prédicteur expliquait une plus grande part de variance dans les résultats du test de lecture de texte que dans le test phonologique. L'évaluation de l'attitude à l'égard de la lecture a été réalisée à l'aide du questionnaire spécifique. Les résultats ont révélé que l’implication émotionnelle joue un rôle crucial dans le développement des compétences en lecture.
De plus, cette étude contient les premières données normatives sur un test phonologique destiné aux adolescents de la 8e à la 11e année. Les indicateurs obtenus peuvent être utilisés par les orthophonistes et les neuropsychologues pour détecter le risque de déficit phonologique chez les enfants plus âgés.
Nous avons été les premiers à publier les données normatives du test phonologique « Changer le son dans un pseudo-mot » pour les élèves de la 8e à la 11e année. Ce test fait partie d'une batterie de tests phonologiques RuToPP, développée par Svetlana Dorofeeva et ses collègues du Centre pour le langage et le cerveau (Moscou). Nous espérons que ces scores normatifs aideront les chercheurs et les praticiens tout en travaillant avec des troubles de la parole dans ce groupe d'âge peu étudié.
Svetlana Alexeeva, administratrice de projet, directrice du Centre pour le langage et le cerveau, Saint-Pétersbourg
Les auteurs ont également mentionné que leurs résultats sont particulièrement importants pour comprendre la nature de la dyslexie chez les adolescents. Bien que ce diagnostic soit plus cohérent chez les enfants du primaire, les difficultés de lecture peuvent également se manifester plus tard.
« Les adolescents dyslexiques reçoivent rarement une intervention rapide et efficace en raison de l'attention limitée portée à leurs difficultés et du manque d'instruments de diagnostic complexes adaptés à leur âge, – explique Tatian Eremicheva, neurolinguiste et co-auteur de l'étude. – Dans notre étude, nous avons montré que les mécanismes de lecture chez les adolescents sont moins automatisés que chez les adultes.
Les chercheurs recommandent d'inclure les tâches de développement des compétences de traitement phonologique dans le programme d'intervention. Surtout ceux qui nécessitent des manipulations complexes avec des phonèmes. De plus, il est important de considérer le côté émotionnel de la lecture – pour aider les adolescents à trouver du plaisir à lire, à maintenir leur motivation à lire et leur intérêt pour les livres. Une intervention aussi complexe peut permettre de surmonter avec succès les difficultés liées à la lecture.
Cette recherche était un résultat du programme de recherche fondamentale de l’Université HSE.
























