Un rare essai de type provocation humaine montre que même avec une mauvaise ventilation et une exposition prolongée, la grippe peut ne pas se propager à moins que l'excrétion virale, la sensibilité de l'hôte et la dynamique de l'air ne s'alignent parfaitement.
Étude : Évaluation des modes de transmission de la grippe (EMIT-2) : Aperçus de l'absence de transmission dans un essai de transmission contrôlé avec des donneurs naturellement infectés. Crédit image : Pixel-Shot/Shutterstock.com
Dans une étude récente publiée dans Pathogènes PLOSles chercheurs ont mené ÉMETTRE-2 essai visant à examiner comment la transmission du virus de la grippe se produit dans des conditions contrôlées, plutôt que d'identifier définitivement une voie de transmission dominante. Contrairement aux études précédentes qui utilisaient principalement des virus cultivés en laboratoire, le présent essai a recruté des donneurs atteints de grippe naturellement acquise pour exposer des receveurs en bonne santé dans un hôtel de quarantaine.
De manière inattendue, malgré la création de conditions favorables à la transmission, telles qu’une faible ventilation et une interaction sociale prolongée, les résultats de l’étude ont indiqué qu’aucun événement de transmission ne s’est produit parmi les 11 receveurs. Les auteurs ont suggéré plusieurs explications possibles pour l'absence de transmission, notamment les donneurs présentant des symptômes légers (par exemple, une toux peu fréquente), les receveurs présentant des signes d'immunité croisée préexistante et le mélange de l'air ambiant réduisant probablement l'exposition aux panaches concentrés d'haleine expirée.
Sommaire
Prévenir la propagation de la grippe reste un jeu de devinettes
La grippe saisonnière imposerait un fardeau considérable aux systèmes de santé publique mondiaux, mais les mécanismes spécifiques par lesquels elle se propage (« transmet ») d'une personne à l'autre restent débattus au sein de la communauté médicale et scientifique.
Les responsables de la santé publique classent actuellement la transmission en trois modes : l'inhalation (de fins aérosols), le dépôt direct de pulvérisation (gouttelettes) et le contact (fomites). Cependant, l’importance relative de ces voies est mal comprise, ce qui complique le développement de stratégies de prévention efficaces.
Une étude précédente (ÉMETTRE-1) a tenté de cartographier ces voies en utilisant des volontaires infectés par une souche du virus adaptée au laboratoire, mais cela n'a abouti à presque aucune transmission, un résultat attribué au virus de laboratoire étant trop faible.
Les chercheurs ont ensuite émis l’hypothèse que l’utilisation de virus grippaux de type sauvage ou contractés dans la communauté, plutôt que de souches adaptées en laboratoire, entraînerait une excrétion virale plus élevée et davantage d’infections.
Tester la grippe dans le monde réel se propageant dans un hôtel de quarantaine
La présente étude (intitulée ÉMETTRE-2) a été conçu pour tester cette hypothèse, visant à observer la transmission en temps réel pour mieux comprendre les conditions dans lesquelles la transmission de la grippe peut ou non se produire. Plus précisément, les chercheurs ont cherché à évaluer si la respiration de l’air partagé suffisait à elle seule à provoquer une infection, ou si la toux et les éternuements jouaient un rôle essentiel.
L'équipe de recherche a utilisé un modèle d'hôtel de quarantaine pour créer un essai contrôlé de transmission du virus de la grippe humaine (CHIVIT). L'étude a recruté des receveurs adultes en bonne santé (âge moyen 36 ans) et des donneurs (âge moyen 21 ans), ces derniers ayant été testés positifs pour la grippe et ayant signalé l'apparition de symptômes dans les 48 heures précédentes.
Les participants à l’étude étaient hébergés dans des pièces séparées mais devaient interagir pendant les événements d’exposition dans une pièce désignée conçue pour simuler un espace étouffant et mal ventilé. La pièce avait un taux de ventilation d'environ 0,25 à 0,5 renouvellement d'air par heure, mais les ventilateurs et les déshumidificateurs fonctionnaient à grande vitesse pour garantir un bon mélange de l'air.
Pour explorer la contribution relative des différentes voies de transmission, les receveurs ont été randomisés en deux groupes.
Bénéficiaires des interventions (IR) : port d’écrans faciaux et mains désinfectées toutes les 15 minutes. Cela a réduit l’exposition aux grosses gouttelettes et à la transmission par contact, tout en laissant l’exposition par inhalation globalement similaire à celle des témoins.
Destinataires du contrôle (CR) : n’a utilisé aucun équipement de protection, exposant les participants à toutes les voies de transmission potentielles.
Pendant plusieurs jours, les donneurs et les receveurs ont passé plus de 82 heures cumulées ensemble à jouer à des jeux, à faire du yoga et à parler pour générer des aérosols respiratoires. L’étude a analysé les charges virales provenant d’écouvillons du cornet moyen, d’échantillons de salive et d’un appareil spécialisé Gesundheit-II qui capture et quantifie les aérosols expirés.
Zéro infection malgré une exposition prolongée en contact étroit
La découverte la plus inattendue de l’étude était l’absence totale de transmission. Aucun des 11 receveurs n'a développé un syndrome grippal, et tous RAP les tests et analyses sérologiques (anticorps) sont restés négatifs pour l’infection.
Les analyses de l'étude suggèrent trois facteurs non mutuellement exclusifs qui peuvent aider à expliquer ces résultats :
Faible nombre de donneurs : les donneurs étaient, par coïncidence, des cas étonnamment bénins. Au cours de séances d’échantillonnage d’haleine de 30 minutes, le nombre médian de toux était nul. Alors que l’ARN viral a été détecté dans 44 pour cent des échantillons d’aérosols fins (taille des particules ≤5 micromètres), la quantité était faible, allant de 79 à 8 900 copies par échantillon. Surtout, seulement 1 échantillon d’haleine sur 16 (6 %) contenait un virus cultivable (vivant, infectieux). Les auteurs notent que l’excrétion des aérosols grippaux varie fortement d’un individu à l’autre et qu’un petit sous-ensemble de personnes infectées peut représenter une part disproportionnée de la transmission.
Immunité préexistante possible du receveur : bien que les receveurs présentaient de faibles niveaux d'anticorps spécifiques de la souche contre les virus du donneur (mesurés par l'inhibition de l'hémagglutination (HAÏ) tests), des tests supplémentaires via ELISA ont révélé qu’ils avaient des réponses en anticorps de liaison de base plus élevées que les donneurs. Cette découverte est cohérente, mais ne prouve pas, la présence d'une immunité réactive croisée accumulée lors d'infections grippales ou de vaccinations antérieures, qui pourrait avoir réduit la sensibilité.
Mélange d'air ambiant : alors que la pièce était mal ventilée, les systèmes mécaniques mélangeaient rapidement l'air. La modélisation et les simulations suggèrent que ce mélange a probablement empêché la formation de panaches respiratoires à courte portée et très concentrés. Bien que de l'ARN viral ait été détecté dans l'air ambiant (75 copies par mètre cube), la dilution qui en résulte peut avoir réduit l'exposition en dessous de la dose infectieuse requise pour vaincre l'immunité du receveur.
La transmission de la grippe peut nécessiter une rare tempête parfaite
La présente étude, bien qu’elle produise des résultats inattendus, remet en question l’hypothèse selon laquelle tout individu symptomatique présente nécessairement un risque de transmission élevé. Plutôt que d'identifier une voie de transmission dominante, les résultats suggèrent qu'une transmission réussie de la grippe pourrait nécessiter une tempête parfaite : un donneur avec un débit d'aérosols infectieux élevé, souvent associé à une toux fréquente, un receveur dépourvu d'immunité protectrice préexistante, comme des individus plus jeunes ou des enfants, et des conditions environnementales qui permettent à l'haleine expirée concentrée de s'attarder plutôt que de se disperser rapidement.
Les auteurs notent également que la gravité des symptômes et le caractère contagieux du donneur peuvent varier selon les saisons grippales et les contextes de recrutement, influençant potentiellement les résultats de transmission observés.























