Un récent rapport du Association Américaine de Psychologie a examiné les recherches disponibles en sciences psychologiques pour explorer et combattre la désinformation sur la santé.
Sommaire
Arrière-plan
En 2020, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré une infodémie mondiale, craignant que l’épidémie de désinformation ne pose un grave problème de santé publique. Les données actuelles sur la propagation et l’impact de la désinformation sur le bien-être général sont complexes. Bien que les médias rapportent souvent que des personnes refusent de se faire soigner à l’hôpital pour la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19), cela ne caractérise pas nécessairement l’ensemble de la population.
De plus, il n’existe aucune preuve expérimentale reliant l’exposition à la désinformation à des changements de comportement observables. La vaccination est restée la cible de la désinformation depuis le développement du premier vaccin en 1796. La désinformation concernant le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) a été associée à une utilisation considérablement réduite.
De plus, la désinformation peut amplifier la discorde en augmentant la polarisation et en érodant la confiance dans les médias, les autorités de santé publique et la démocratie. Il est essentiel de comprendre les facteurs psychologiques à l’origine de la désinformation sur la santé.
Ce rapport a examiné les méthodes permettant de lutter contre la désinformation, dans le but de parvenir à un consensus sur trois questions : la susceptibilité à la désinformation, sa croissance et les interventions pour la contrer.
Susceptibilité à la désinformation
Même si le cerveau humain peut traiter une scène complexe et déterminer si elle est naturelle ou artificielle ou si un visage est neutre ou craintif en une fraction de seconde, il est difficile de déterminer si l’information est vraie ou fausse. Les gens prêtent rarement attention à l’exactitude de ce qu’ils lisent/entendent et se concentrent plutôt sur leur compréhension et sur la décision de la prochaine ligne de conduite.
Les informations pertinentes sont souvent stockées en mémoire, mais les gens ne parviennent pas à les récupérer/à les utiliser dans des conditions nouvelles et incorrectes. Ce phénomène est appelé « négligence des connaissances ». Les recherches sur la négligence des connaissances indiquent qu’il est difficile pour le cerveau d’appliquer les connaissances existantes lorsqu’on lui présente de nouvelles informations. Chaque individu est susceptible, dans une certaine mesure, à la désinformation.
La susceptibilité à la désinformation varie en fonction des caractéristiques de l’information et de son spectateur. Par exemple, les sources internes au groupe sont généralement plus crédibles que les sources externes au groupe, ce qui est valable pour l’information et la désinformation. Cela pourrait être dû au fait que les sources internes au groupe sont souvent perçues comme plus fiables.
Le contenu de la désinformation et l’impact émotionnel du contenu sont importants. Par exemple, les Américains étaient plus susceptibles de croire les fausses histoires critiquant leurs partis politiques adverses que celles critiquant leurs partis préférés. De plus, les informations répétées sont souvent considérées comme plus vraies même lorsqu’elles contredisent les connaissances antérieures.
Pourquoi et comment la désinformation se propage-t-elle ?
Selon une étude, l’exposition à la désinformation augmente la croyance et augmente ainsi le partage. La désinformation est plus susceptible d’être perçue comme exacte lorsqu’elle est exposée à plusieurs reprises. Parallèlement, les gens peuvent également partager des informations erronées, qu’ils y croient ou non. Parfois, la désinformation est volontairement diffusée lorsque les gens pensent qu’elle est intéressante/divertissante ou lorsqu’ils s’attendent à des récompenses sociales. La désinformation se propage à la fois sur les réseaux traditionnels et sur les réseaux sociaux.
Les médias traditionnels font référence à la radio, à la télévision, aux livres, aux journaux, aux films et à d’autres médias analogiques, ainsi qu’à leur présence en ligne. Les médias suivent les valeurs journalistiques traditionnelles, notamment la neutralité, l’actualité, l’indépendance éditoriale et l’exactitude. Les opérations d’information mettent en œuvre des étapes de correction d’erreurs pour réduire les fausses informations, et les vérificateurs de faits et les éditeurs examinent le contenu pour déceler les incohérences et les erreurs avant sa publication.
Néanmoins, les médias transmettent des informations erronées lorsque des erreurs se produisent. De nombreuses erreurs sont mineures, mais certaines peuvent potentiellement entraîner de graves conséquences. Les médias sociaux, contrairement aux médias traditionnels, ne bénéficient pas d’un contrôle préalable à la publication. Les médias sociaux ont le potentiel de rendre le contenu viral en quelques minutes, compte tenu de la vitesse de publication rapide, des réseaux de distribution et des faibles barrières à l’entrée. Cela le rend attrayant pour ceux qui transmettent du contenu légitime et de la désinformation.
La technologie de partage peer-to-peer facilite également la propagation de fausses informations sur les plateformes de médias sociaux. Les chambres d’écho se produisent lorsque l’homophilie et la polarisation existent dans un réseau, conduisant les communautés ayant des intérêts/croyances similaires à se regrouper et à s’isoler de celles qui diffèrent. Les preuves suggèrent que l’existence de chambres d’écho facilite la transmission de fausses informations et empêche les corrections.
Interventions contre la désinformation
Des études ont exploré les moyens de gérer et d’atténuer l’exposition à la désinformation. Récemment, un groupe de chercheurs a identifié deux dimensions d’interventions : les approches au niveau individuel et au niveau du système. Les approches au niveau individuel mettent l’accent sur le changement de comportement, y compris la démystification, la démystification préventive (prémystification) et le coup de pouce. En revanche, les stratégies au niveau du système se concentrent sur les changements systémiques, tels que la politique, les modèles économiques, la législation et les algorithmes.
Le démystification consiste à corriger une désinformation après sa propagation et implique de fournir des informations exactes et de déterminer pourquoi la désinformation est incorrecte. Il est efficace dans des contextes du monde réel ainsi que dans toutes les cultures. Néanmoins, la démystification n’élimine pas l’effet de la désinformation sur la mémoire d’une personne et peut ne pas toujours atteindre les cibles visées.
Le prebunking fait référence aux interventions destinées à empêcher de croire à de futures tentatives de désinformation. L’inoculation psychologique est le plus souvent utilisée pour démystifier la désinformation et comprend un avertissement concernant une attaque imminente contre les croyances et une déclaration réfutant de manière préventive l’argument. Cette intervention s’est avérée efficace pour réduire la susceptibilité à la désinformation et aux techniques de manipulation.
Recommandations
Le rapport propose huit recommandations pour reconnaître et répondre à la désinformation dans le domaine des soins de santé. La première recommandation est d’éviter la répétition de fausses informations sans y inclure de corrections. Deuxièmement, la collaboration avec les plateformes de médias sociaux est nécessaire pour comprendre et freiner la propagation de fausses informations dangereuses.
Troisièmement, les approches de correction des informations erronées devraient exploiter des outils qui favorisent des comportements sains, tels que des normes sociales, des conseils, une formation professionnelle et des incitations. Quatrièmement, des sources fiables doivent être utilisées pour contrer la désinformation et offrir des informations précises sur la santé. Cinquièmement, la démystification devrait être utilisée fréquemment et de manière répétée en utilisant des méthodes fondées sur des preuves.
La sixième recommandation concerne le pré-blocage pour renforcer à l’avance la résilience face à la désinformation. Septièmement, les sociétés de médias sociaux devraient assurer l’accès aux données et la transparence sur demande pour les recherches sur la désinformation. Enfin, des fonds sont nécessaires pour mener des recherches sur la psychologie de la désinformation en matière de santé et sur les moyens de la contrer.

















