Des chercheurs dirigés par François Fuks – Laboratoire d’épigénétique du cancer, Faculté de médecine de l’ULB, Centre de recherche sur le cancer de l’ULB et Institut Jules Bordet, HUB – ont réalisé une avancée majeure dans la compréhension et le traitement de la leucémie. Publiée dans la prestigieuse revue Molecular Cell, leur découverte ouvre la voie à de nouvelles méthodes de détection et de traitement du cancer. Cette découverte repose sur le rôle jusqu’alors insoupçonné d’un gène clé qui a muté chez plus de 50 % des patients atteints de leucémie.
Environ 320 000 nouveaux cas de leucémie, un type de cancer du sang qui peut toucher tous les groupes de population, sont diagnostiqués chaque année en Europe. Chez les enfants, les cas de leucémie représentent un tiers des cancers diagnostiqués. La chimiothérapie est le traitement principal de la leucémie. Souvent, la cause exacte ne peut être identifiée et les mécanismes moléculaires et cellulaires responsables de la leucémie restent entourés de mystère. Découvrir de nouvelles méthodes de détection et de nouveaux traitements pour éradiquer la leucémie constitue donc un enjeu majeur en oncologie.
L’ARN messager a fait l’actualité ces derniers mois, en lien avec les vaccinations contre la COVID-19. Dans un article publié dans Cellule moléculairedes chercheurs de l’Université libre de Bruxelles (ULB) et de l’Institut Bordet de l’Hôpital universitaire de Bruxelles (Hôpital universitaire de Bruxelles – HUB) ouvrent une autre voie de recherche tout aussi innovante : de nouvelles thérapies anticancéreuses utilisant l’alphabet complexe de l’ARN messager (ou Épigénétique de l’ARN).
Comme pour l’ADN, outre ses 4 lettres bien connues (A, U, G, C), la composition chimique de l’ARN comprend également des lettres supplémentaires. C’est le cas de la lettre m5C, ou méthylation de l’ARN messager, qui joue un rôle essentiel dans la régulation des gènes grâce à la lecture de m5C par des protéines qui s’y lient, appelées « lecteurs ». Ces lecteurs m5C n’ont pas encore été décrits en détail et leur rôle dans le cancer est inconnu.
Les travaux récents de l’équipe dirigée par le Pr François Fuks – Directeur du Laboratoire d’Epigénétique du Cancer, Faculté de Médecine de l’ULB et Institut Bordet HUB et Directeur du Centre de Recherche sur le Cancer de l’ULB (U-CRC), Université libre de Bruxelles – ont identifié un nouveau lecteur d’ARN, SRSF2. Pour la première fois, elle met en lumière le rôle clé de la protéine SRSF2 dans le développement de la leucémie.
Le gène SRSF2 est l’un des gènes les plus fréquemment mutés dans les cas de leucémie : jusqu’à 50 % dans certains types de leucémie. Les chercheurs ont démontré que la protéine SRSF2 lit la modification m5C dans l’ARN ; ils ont également mis en évidence un mécanisme moléculaire jusqu’alors insoupçonné pouvant conduire à une leucémie : la mutation de SRSF2 altère sa capacité à lire m5C dans l’ARN, ce qui inhibe sa fonction de régulation de l’ARN messager. De plus, en analysant près de 700 échantillons prélevés sur des patients atteints de leucémie, le Pr François Fuks et ses collègues ont pu identifier un nouveau groupe de patients dont les chances de survie sont particulièrement faibles en raison de la capacité réduite de SRSF2 à lire m5C.
Cette recherche, qui s’inscrit dans un boom des découvertes dans le domaine de l’alphabet ARN, a été publiée le 7 décembre 2023 dans la revue Cellule moléculaire.
Ces découvertes devraient non seulement ouvrir un nouveau chapitre de connaissances dans notre compréhension des raisons pour lesquelles la leucémie apparaît, mais devraient également nous conduire à un nouveau paradigme dans le diagnostic et le traitement de la leucémie, basé sur l’épigénétique de l’ARN. Concrètement, les découvertes pourraient conduire à des diagnostics spécifiques de patients de mauvais pronostic vital, chez qui la fonction « lecteur m5C » de SRSF2 est affectée. De plus, une nouvelle approche thérapeutique de la leucémie pourrait être envisagée en développant un inhibiteur qui pourrait aider SRSF2 à lire à nouveau correctement m5C, cette capacité de lecture étant réduite chez les patients porteurs de la mutation SRSF2.
















