Dans une étude récente publiée dans JAMA Network Open, des chercheurs ont évalué l'incidence des problèmes de santé mentale chez les jeunes avant et pendant la pandémie de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) au Canada.
Étude: Hospitalisations pour problèmes de santé mentale chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes canadiens pendant la pandémie de COVID-19Crédit photo : Ground Picture/Shutterstock.com
Sommaire
Arrière-plan
De plus en plus de données probantes suggèrent que l’impact de la COVID-19 sur la santé des jeunes et des enfants va au-delà de la maladie elle-même. Les jeunes et les enfants ont souffert de maladies aiguës moins graves que les adultes, mais leur santé a été considérablement affectée par les mesures de santé publique visant à réduire les hospitalisations et la mortalité.
L’utilisation des services de santé mentale par les jeunes et les enfants a été considérablement affectée par la pandémie de COVID-19, même si des incohérences subsistent dans la manière dont cela est défini et estimé.
Par ailleurs, les analyses exhaustives des conséquences de la pandémie sur la santé mentale des jeunes, y compris les périodes pré-COVID-19, sont limitées.
À propos de l'étude
Dans la présente étude, les chercheurs ont évalué les différences dans l’incidence des hospitalisations pour problèmes de santé mentale chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes au cours des périodes pré-COVID-19 et pandémique au Canada.
Ils ont utilisé des données administratives sur la santé recueillies entre avril 2016 et mars 2023. La population étudiée comprenait des personnes âgées de 6 à 20 ans dans toutes les provinces et tous les territoires.
L'équipe a évalué l'évolution des taux d'hospitalisation pour des problèmes de santé mentale entre la période pré-pandémique (avril 2016 à mars 2020) et la période de la COVID-19 (avril 2020 à mars 2023). Le critère principal était l'hospitalisation pour un problème de santé mentale. Le critère secondaire était une visite aux urgences pour un problème de santé mentale.
Les codes diagnostiques de la Classification internationale des maladies, dixième révision (CIM-10) ont été utilisés pour identifier les troubles de santé mentale, tels que l'anxiété, les troubles de l'alimentation, les troubles de la personnalité, la toxicomanie, les troubles de l'humeur, la psychose, la schizophrénie, d'autres troubles comportementaux ou mentaux, ainsi que l'automutilation et le suicide. Les résultats ont été stratifiés par âge, sexe, privation et région.
Les tests du chi carré ont comparé les hospitalisations entre les périodes. L'incidence brute annuelle a été estimée par état de santé mentale, stratifiée par sexe, région et privation. Le taux d'incidence des visites de santé mentale a été comparé entre les deux périodes à l'aide d'un test exact de Poisson. Les ratios de taux d'incidence et les intervalles de confiance à 95 % ont été calculés.
Résultats
Au total, 218 101 hospitalisations ont été signalées pour des problèmes de santé mentale au cours de la période d’étude. La plupart des hospitalisations ont eu lieu chez des femmes (66 %) et dans la tranche d’âge de 12 à 17 ans (66,9 %). La proportion relative d’hospitalisations est passée de 65,8 % avant la pandémie à 68,4 % pendant la COVID-19 chez les personnes âgées de 12 à 17 ans.
En revanche, les hospitalisations ont diminué dans les tranches d’âge de 6 à 11 ans et de 18 à 20 ans au cours de la même période. Les femmes représentaient jusqu’à 64 % des hospitalisations pendant la période pré-pandémique, ce chiffre étant passé à 69 % pendant les années de prévalence de la COVID-19. La proportion d’hospitalisations dans les centres de soins pédiatriques était plus élevée (25 %) pendant la pandémie qu’avant (21,4 %).
Durant la période pré-pandémique, une plus grande proportion d’hospitalisations s’est produite dans le quintile le plus défavorisé (24,4 %) que dans le quintile le moins défavorisé (16,9 %).
Cependant, cette différence dans les hospitalisations s’est réduite pendant la pandémie de COVID-19, car les hospitalisations dans le quintile le moins défavorisé ont augmenté. Dans l’ensemble, le taux d’hospitalisation pour problèmes de santé mentale a diminué de 7,2 % entre la période pré-pandémique et la période de COVID-19.
Les tendances régionales étaient similaires entre les deux périodes, avec une diminution de la consommation de substances, des troubles de l’humeur et d’autres troubles et une augmentation des troubles de l’alimentation dans toutes les régions.
Des augmentations régionales des troubles de l’humeur, de l’automutilation et du suicide, ainsi que de l’anxiété sont apparues en 2022, et sont revenues aux niveaux d’avant la pandémie en 2023. De plus, les femmes ont connu une augmentation significative des hospitalisations pour troubles de l’alimentation et de la personnalité, anxiété, automutilation et suicide au cours de la période COVID-19.
En revanche, les hommes ont connu une augmentation des hospitalisations pour troubles de l'alimentation. Au total, 881 765 visites aux urgences ont été effectuées pour des problèmes de santé mentale au cours de la période d'étude.
De manière constante, les femmes et les personnes âgées de 12 à 17 ans ont eu une proportion plus élevée de visites aux urgences pendant la période de la COVID-19 que pendant la période pré-pandémique. Les visites aux urgences ont augmenté pour des troubles de l’alimentation pendant la pandémie, tandis que celles pour des psychoses, des troubles liés à la consommation de substances et des troubles de l’humeur ont diminué.
Conclusions
Les résultats de l’étude mettent en évidence une augmentation des hospitalisations pour troubles de l’alimentation, automutilation et suicide, troubles de la personnalité et anxiété pendant la période de la COVID-19 par rapport aux années précédant la pandémie. Cette tendance s’est principalement manifestée chez les femmes, en particulier celles âgées de 12 à 17 ans.
Il convient de noter que les hospitalisations et les visites aux urgences pour toxicomanie, troubles de l’humeur et autres troubles ont diminué pour les deux sexes pendant la pandémie.

















