Les scientifiques découvrent qu’une consommation modérée de bière entraîne des modifications distinctes mais légères des membranes des globules rouges, soulignant le rôle de l’alimentation dans la composition des lipides et ses effets sur la santé.
Étude : Effet d’une consommation modérée de bière sur la composition lipidique des membranes des globules rouges humains. Crédit d'image : Pixel-Shot/Shutterstock
Une étude publiée dans la revue Nutriments constate qu'une consommation modérée de bière alcoolisée et non alcoolisée est associée à des changements distincts dans la composition lipidique de la membrane des globules rouges.
Sommaire
Arrière-plan
Les globules rouges matures (GR) ou érythrocytes sont des cellules spécialisées dérivées de cellules souches hématopoïétiques de la moelle osseuse. Leur forme discoïde biconcave les rend très flexibles et facilite leur circulation fluide à travers de minuscules capillaires, apportant de l'oxygène à tous les tissus.
Il a été postulé que la composition moléculaire des membranes des globules rouges humains joue un rôle essentiel dans la modulation de leurs propriétés rhéologiques. La membrane est composée de lipides, de protéines et de glucides. La bicouche lipidique contient un mélange de différentes classes de lipides, notamment des lipides neutres, des phospholipides et des glycosphingolipides.
La composition lipidique des membranes des globules rouges change au cours de leur durée de vie. L’apport alimentaire est considéré comme l’un des principaux facteurs contribuant à cette altération.
Les preuves existantes indiquent que des anomalies dans la composition lipidique de la membrane des globules rouges sont associées au développement de maladies cardiovasculaires, notamment l'hypertension, l'hypercholestérolémie et le syndrome coronarien aigu. On pense que les changements dans la fluidité de la membrane des globules rouges dus à une altération de la composition lipidique sont responsables de ces troubles cardiovasculaires.
Dans cette étude exploratoire, les scientifiques ont étudié l’effet d’une consommation modérée de bière alcoolisée et non alcoolisée sur la composition lipidique des membranes des globules rouges chez des individus en bonne santé, en surpoids et obèses de classe 1.
Conception de l'étude
L'étude a été menée auprès de 36 adultes en bonne santé âgés de 40 à 60 ans, tous en surpoids ou classés dans la classe d'obésité 1. Les participants ont été répartis au hasard entre le groupe de bière alcoolisée et le groupe de bière sans alcool.
Les participants de chaque groupe ont subi quatre semaines de consommation modérée de bière (jusqu'à un verre par jour pour les femmes et jusqu'à deux verres par jour pour les hommes), suivies d'une période de sevrage de 4 semaines. Après la période de sevrage, une deuxième période de 4 semaines a suivi, au cours de laquelle les groupes ont échangé leurs interventions respectives (bière alcoolisée ou non).
Des échantillons de sang ont été prélevés auprès des participants à différents moments au cours des périodes d'intervention pour évaluer la composition lipidique des membranes des globules rouges.
Protocole expérimental pour l'étude d'intervention.
Observations importantes
L'analyse de base de la composition lipidique de la membrane des globules rouges a identifié les phospholipides comme la principale classe de lipides, suivis par les lipides neutres, tels que le cholestérol libre et les acides gras.
Parmi les phospholipides, la phosphatidyléthanolamine a été identifiée comme la sous-classe majeure, suivie de la phosphatidylcholine, de la sphingomyéline et de la phosphatidylsérine. Une analyse plus approfondie a révélé que le cholestérol libre est l’un des principaux composants structurels des membranes des globules rouges.
Une analyse de sous-groupe comparant les participants masculins et féminins, ainsi que les participants en surpoids et obèses, a révélé que le sexe et l'indice de masse corporelle (IMC) n'ont pas d'impact significatif sur la composition lipidique de la membrane des globules rouges. Cependant, les femmes du groupe bière sans alcool présentaient une abondance plus élevée de phosphatidylcholine, et les participantes obèses de ce groupe présentaient des changements lipidiques distincts, tels qu'une augmentation des taux de sphingomyéline et des ratios cholestérol libre/phospholipides.
Effet de la consommation de bière sur les lipides de la membrane érythrocytaire
La consommation de bière sans alcool pendant quatre semaines a provoqué une augmentation significative du cholestérol libre et des acides gras et une augmentation non significative des phospholipides. Concernant la consommation de bière alcoolisée pendant 4 semaines, une induction significative du cholestérol libre, des acides gras et des phospholipides a été observée.
Une analyse comparative a révélé que la consommation de bière alcoolisée et non alcoolisée provoque des changements similaires dans la composition lipidique de la membrane des globules rouges. Bien que la bière traditionnelle contienne des niveaux plus élevés de polyphénols, susceptibles de contribuer aux modifications lipidiques, l’analyse comparative n’a révélé aucune différence significative entre les deux groupes concernant l’abondance relative de chaque sous-classe de phospholipides.
Semblable aux résultats de base, aucun impact significatif du sexe et de l’IMC sur les lipides membranaires des globules rouges n’a été observé. Cependant, les analyses de sous-groupes ont indiqué des différences basées sur le sexe et l'IMC dans des sous-classes spécifiques de lipides, en particulier dans le groupe de la bière sans alcool, où les femmes et les participants obèses présentaient des changements notables.
Une analyse de corrélation portant sur différentes sous-classes de lipides neutres et de phospholipides a révélé que les corrélations entre les lipides sont plus prononcées dans le groupe des bières sans alcool.
L'analyse a révélé plusieurs corrélations positives entre les lipides membranaires et les lipides circulants dans le groupe des bières sans alcool. Plus précisément, des corrélations positives entre les acides gras membranaires et le cholestérol libre ont été observées avec les taux sériques de cholestérol total et de cholestérol à lipoprotéines de haute densité (cholestérol HDL). De plus, une corrélation positive a été observée entre les phospholipides membranaires et les HDL sériques.
Importance de l’étude
L'étude révèle que la consommation de bière alcoolisée et non alcoolisée favorise des changements distincts mais légers dans la composition lipidique de la membrane des globules rouges.
Bien que l’étude ait observé une augmentation du cholestérol membranaire, les chercheurs ont conclu que ces changements avaient un impact minime sur la fluidité membranaire des globules rouges, car les niveaux de phospholipides restaient relativement stables.
Les polyphénols, présents en plus grande quantité dans les bières alcoolisées, sont connus pour moduler le métabolisme des acides gras polyinsaturés essentiels. Les effets synergiques de l’alcool et des polyphénols pourraient expliquer les changements plus prononcés observés dans le groupe de la bière traditionnelle.
La fluidité de la membrane des globules rouges dépend principalement de la composition en lipides neutres (principalement le cholestérol) et en phospholipides. On sait qu'une teneur accrue en cholestérol dans la membrane des globules rouges altère le processus de transport de l'oxygène et du dioxyde de carbone et affecte la déformabilité de la cellule.
Malgré l’augmentation du cholestérol membranaire, les chercheurs n’ont trouvé aucun effet significatif sur la fluidité des globules rouges.
Compte tenu des résultats de cette étude exploratoire, les scientifiques conseillent que les études futures envisagent la métabolomique et la lipidomique intégratives ciblées et non ciblées dans les globules rouges afin de comprendre de manière plus concluante les différences potentielles entre les groupes d'intervention.















