Le glioblastome reste une tumeur maligne très complexe avec une tendance prononcée à la récidive. Le microenvironnement hypoxique est un contributeur clé à sa résistance thérapeutique. L'oxygénothérapie hyperbare (HBOT), qui élève la pression d'oxygène dans les tissus et inverse l'hypoxie, présente un « double effet » dans la gestion du glioblastome. D’une part, l’OHB améliore la radiosensibilité grâce à la génération d’espèces réactives de l’oxygène (ROS), augmente l’efficacité de la chimiothérapie en augmentant la cytotoxicité et en améliorant la perfusion vasculaire, remodèle le microenvironnement tumoral via la normalisation des vaisseaux et la modulation des cellules immunitaires, et atténue les propriétés des cellules souches cancéreuses. D’un autre côté, l’OHB peut également favoriser la progression tumorale : le stress oxydatif peut induire une instabilité génomique, tandis que l’activation des voies de survie médiées par HIF, NF‑κB et VEGF peut faciliter l’adaptation et la prolifération malignes. Compte tenu de ces considérations opposées, l’application clinique de l’OHB dans le glioblastome reste exploratoire. Les recherches futures devraient se concentrer sur l’optimisation des protocoles d’OHB et sur l’exploration de combinaisons avec d’autres approches thérapeutiques.
Introduction
Le glioblastome est la tumeur cérébrale primitive la plus courante et la plus agressive, caractérisée par une invasion diffuse et une résistance aux thérapies conventionnelles (chirurgie, radiothérapie, témozolomide). Le microenvironnement hypoxique est un facteur essentiel de progression maligne et de résistance au traitement. L'OHB (respiration de 100 % d'oxygène à 1,5–3,0 atmosphères absolues) augmente considérablement la tension en oxygène de la tumeur, offrant une approche prometteuse pour contrer l'hypoxie. Cependant, l'OHB présente un « double effet » complexe : elle peut améliorer l'efficacité antitumorale mais présente également un risque de favoriser la progression tumorale. Cette revue évalue le potentiel thérapeutique de l'OHB en synthétisant les preuves actuelles sur ses mécanismes moléculaires, ses applications cliniques et ses orientations futures.
Base biologique de l'OHB dans le glioblastome
Les tissus du glioblastome ont généralement des niveaux d'oxygène inférieurs à 5 %, tombant en dessous de 0,1 % dans les noyaux nécrotiques. L'hypoxie favorise la croissance maligne, l'invasion et la résistance en régulant positivement les marqueurs de cellules souches (CD133), les molécules de résistance (MGMT, MRP1, MDR-1) et les voies favorables à la survie (HIF-1α, HIF-2α). L'OHB inverse l'hypoxie en augmentant considérablement l'oxygène dissous dans le plasma. Cependant, ses effets sont incohérents et sa double nature complique la mise en œuvre clinique.
Potentiel antitumoral de l’OHB
-
Radiosensibilisation: L'OHB augmente les niveaux d'oxygène dans la tumeur de 100 à 115 %, augmentant ainsi les dommages causés à l'ADN par les ROS dus à la radiothérapie. Des études montrent que l'OHB associée à la radiothérapie inhibe de manière significative la prolifération, augmente l'apoptose et prolonge la survie dans les modèles de glioblastome.
-
Chimiosensibilisation: L'OHB améliore l'efficacité de la nimustine (ACNU) et du témozolomide (TMZ) en augmentant la pO₂ tumorale, en abaissant HIF-1α, TNF-α, IL-1β, VEGF et NF-κB. La combinaison de l'OHB avec le TMZ réduit la densité vasculaire et l'expression de Ki67, conduisant à des tumeurs plus petites et à une survie plus longue.
-
Sensibilisation thérapeutique ciblée: L'OHB associée à des inhibiteurs de HIF‑1α (par exemple, vitexine) ou à des inhibiteurs de CK2 supprime la croissance tumorale et la survie cellulaire.
-
Microenvironnement et immunité: L'OHB normalise les vaisseaux tumoraux, réduit l'œdème péritumoral, améliore l'administration de médicaments et l'infiltration des cellules immunitaires, module la libération de cytokines (par exemple, en augmentant l'IL-10) et inhibe l'infiltration inflammatoire en supprimant le TNF-α, le NF-κB et l'IL-1β.
-
Atténuation des cellules souches cancéreuses: L'OHB régule négativement les marqueurs de souche (CD133, CD15, SOX2), inhibe l'auto-renouvellement et la formation de tumeurs et réduit la proportion de cellules CD133⁺A2B5.
Risques et controverses pro-tumorigènes potentiels
Plusieurs études rapportent que l'OHB favorise la croissance du glioblastome, réduit la nécrose et augmente le volume de la tumeur. Les mécanismes comprennent :
-
Instabilité génomique induite par le stress oxydatif: Des ROS élevées peuvent provoquer des dommages à l'ADN et des changements épigénétiques, augmentant les taux de mutation et accélérant l'évolution de la tumeur.
-
Activation des parcours pro-survie: ROS peut activer NF‑κB dès le début. L'OHB stabilise le HIF‑1α grâce à la signalisation de l'oxyde nitrique, augmentant le VEGF et le bFGF, favorisant l'angiogenèse et la croissance cellulaire. L'OHB peut induire une hypoxie-réoxygénation intermittente, qui elle-même induit fortement un stress oxydatif et active le HIF-1α. L'effet global sur la voie HIF dépend des paramètres de traitement (pression, durée, fréquence) et du contexte tumoral.
Scénarios de recherche clinique et d’application
-
Application établie: Traitement de la nécrose radiologique (RN) et récupération postopératoire – L'OHB réduit l'œdème, répare les tissus nécrotiques et améliore les symptômes neurologiques.
-
Application exploratoire: Associer l'OHB à la radiochimiothérapie. Des études à petite échelle suggèrent une survie sans progression et une survie globale prolongée, mais les résultats sont incohérents et les essais à grande échelle font défaut. La plupart des études ont utilisé un seul ensemble de paramètres d'OHB sans sous-groupe de patients, et les thérapies combinées se sont limitées à la radiothérapie et à la chimiothérapie traditionnelles.
Futures stratégies thérapeutiques
Limites
En tant que mini-revue, elle ne synthétise pas quantitativement toutes les données disponibles, ce qui peut introduire un biais de sélection. La base de données cliniques actuelle est immature : la plupart des études sont à petite échelle, non randomisées et manquent de protocoles d’OHB standardisés. Les recherches futures nécessiteront des essais contrôlés randomisés multicentriques bien conçus avec des schémas thérapeutiques standardisés, une stratification des patients basée sur des biomarqueurs et une exploration systématique de stratégies combinatoires.
Conclusions
L'OHB joue un double rôle dans le traitement du glioblastome. Du côté antitumoral, il renforce la radiosensibilité et la chimiosensibilité, améliore le microenvironnement tumoral et atténue les propriétés des cellules souches cancéreuses. Du côté protumoral, il peut activer les voies de signalisation favorables à la survie, augmenter l’instabilité génomique liée au stress oxydatif et potentiellement faciliter la progression tumorale dans certaines conditions. Les recherches futures devraient se concentrer sur l'optimisation des protocoles d'OHB, la conduite d'essais cliniques rigoureux et l'exploration de combinaisons synergiques avec des thérapies établies et émergentes (radiochimiothérapie, agents ciblés, immunothérapie) pour intégrer l'OHB de manière sûre et efficace dans la gestion globale du glioblastome.












