Une approche thérapeutique lancée à Mayence pour le traitement de la sclérose en plaques (SEP) franchit une étape importante vers une application clinique. L’équipe dirigée par le professeur Claire Jacob de l’Université Johannes Gutenberg de Mayence (JGU) développe actuellement un patch médicamenteux qui pourrait favoriser la réparation des gaines de myéline endommagées. ForTra gGmbH for Research Transfer (ForTra), une filiale de la Fondation Else Kröner-Fresenius, soutient le projet à hauteur de 1,1 million d’euros. L’objectif est de poursuivre le développement du patch en vue d’une production conforme aux normes de qualité pharmaceutique et d’évaluer ensuite sa sécurité et sa tolérabilité lors d’un premier essai clinique.
Avec ce financement, nous franchissons une étape décisive vers notre objectif consistant à traduire les résultats de nos recherches en un traitement potentiel pour les personnes atteintes de SEP. »
Claire Jacob, professeur de neurobiologie cellulaire, JGU
La sclérose en plaques est une maladie auto-immune inflammatoire chronique dans laquelle la gaine graisseuse de myéline qui protège les fibres nerveuses du cerveau et de la moelle épinière est endommagée. Les thérapies actuelles visent principalement à réduire l’inflammation et à prévenir de nouvelles rechutes. Cependant, il n’existe actuellement aucun traitement approuvé qui favorise spécifiquement la reconstruction de la myéline déjà endommagée, un processus connu sous le nom de remyélinisation.
Depuis plus de 20 ans, Claire Jacob étudie les mécanismes moléculaires qui permettent à l’organisme de régénérer la myéline endommagée. Son équipe a identifié l’histone désacétylase 2, ou HDAC2, une enzyme épigénétiquement active, comme un facteur important dans ce processus de réparation. Dans leur recherche d’un composé capable d’activer spécifiquement cette enzyme, les chercheurs sont tombés sur la théophylline, un médicament utilisé depuis des décennies pour traiter l’asthme et d’autres maladies respiratoires, bien qu’à des doses plus élevées. Dans des études chez la souris, l’équipe de Mayence a montré qu’à faible dose, la théophylline augmente l’activité HDAC2 et peut ainsi favoriser la reconstruction de la myéline. Les chercheurs utilisent ainsi un médicament établi de longue date et bien étudié pour une nouvelle application thérapeutique à une dose nettement inférieure.
Livraison continue via un patch médicamenteux
Pour atteindre la faible concentration de médicament requise pour la remyélinisation et la maintenir sur une période prolongée, les chercheurs ont travaillé avec le groupe dirigé par le professeur Peter Langguth du département de biopharmaceutique et de technologie pharmaceutique de JGU pour développer un patch transdermique spécial. Le patch délivre en continu une petite quantité de théophylline à travers la peau pendant plusieurs jours. Les tests précliniques de cette approche thérapeutique et les étapes antérieures ont déjà été soutenus par la Mayence Science Foundation à hauteur de 140 000 euros.
ForTra finance désormais la prochaine étape de développement. La filiale à but non lucratif de la Fondation Else Kröner-Fresenius soutient des projets de recherche médicale prometteurs dans leur transition vers des applications cliniques. Dans un premier temps, le patch médicamenteux doit être transféré à une entreprise allemande de fabrication de patchs, où il sera encore optimisé pour une production à plus grande échelle selon les normes de bonnes pratiques de fabrication (BPF). Le respect de ces normes est requis pour qu’un médicament soit utilisé dans des essais cliniques impliquant des humains.
Le patch sera ensuite testé au centre médical universitaire de Mayence dans le cadre d’un essai clinique de phase I impliquant des volontaires sains. À ce stade, l’accent sera mis principalement sur l’adhésion du patch, sa tolérance et l’efficacité avec laquelle le médicament est administré à travers la peau. L’essai ne montrera pas encore si le traitement peut réellement favoriser la régénération des gaines de myéline endommagées chez les personnes atteintes de SEP.
L’équipe de recherche dirigée par le professeur Claire Jacob prévoit donc comme prochaine étape un essai multicentrique de phase II impliquant des patients atteints de SEP en Allemagne. Cette étude pourrait déterminer pour la première fois si cette approche peut favoriser la remyélinisation chez les personnes atteintes de SEP. L’équipe recherche actuellement des fonds supplémentaires pour cet essai. « Notre objectif à long terme est de développer une thérapie qui non seulement ralentisse la progression de la maladie », dit Claire Jacob, « mais aide également le système nerveux à réparer les dommages déjà survenus. »















