Dans une revue récente publiée dans la revue Nature Reviews Gastroentérologie et Hépatologie, les chercheurs discutent de l’influence du microbiome maternel sur les systèmes immunitaires maternel, fœtal et néonatal précoce pendant la grossesse.
Étude: Le microbiome intestinal maternel pendant la grossesse : implications pour le développement du système immunitaire. Crédit d’image : ArtFamily/Shutterstock.com
Sommaire
Arrière-plan
Pendant la grossesse, des changements importants se produisent dans les systèmes immunitaire, endocrinien et métabolique de la mère, ce qui influence le microbiote intestinal, vaginal et oral. Ces changements ont également un impact sur le développement placentaire et fœtal ; cependant, les mécanismes sous-jacents ne sont pas entièrement compris.
De nombreux facteurs maternels et infantiles contribuent à l’établissement du microbiome et de l’immunité néonatals, ce qui peut avoir un impact sur les résultats de santé à long terme tels que les maladies non transmissibles, le développement neuronal et la susceptibilité aux infections. Des recherches supplémentaires sont nécessaires en raison des mécanismes mal compris reliant les modifications du microbiome maternel au développement fœtal et néonatal, ainsi que de l’influence significative mais peu claire de divers facteurs maternels et infantiles sur les résultats de santé à long terme.
Interactions entre le microbiome hôte pendant la grossesse
Le microbiome intestinal subit des changements importants pendant la grossesse, en particulier au cours des dernières semaines du troisième trimestre. Par exemple, des augmentations de Protéobactéries et Actinobactériesainsi que des niveaux réduits de bactéries productrices d’acides gras à chaîne courte (AGCC), ont été observés, ce qui entraîne des altérations de l’obésité maternelle, de l’inflammation et de la résistance à l’insuline.
Les changements alimentaires peuvent également entraîner des altérations des métabolites microbiens au sein de leur microbiome maternel. Les métabolites microbiens à médiation maternelle sont chargés d’influencer l’immunité de la mère et du fœtus.
Interactions microbiennes-immunitaires pendant la grossesse
L’interaction entre les systèmes immunitaires maternel et fœtal à l’interface mère-placentaire est complexe. Les cellules de Hofbauer, qui sont des macrophages fœtaux, jouent un rôle essentiel dans l’homéostasie tissulaire et la régulation de la réponse immunitaire.
Des lymphocytes T fœtaux, notamment des lymphocytes T mémoire, ont également été identifiés, indiquant ainsi une éducation immunitaire précoce. in utero. Les microbes intestinaux modulent les SCFA, ce qui conduit au contrôle des cellules T régulatrices de la mère pour soutenir la tolérance immunitaire tout au long de la grossesse.
Le développement fœtal implique que le système immunitaire soit affecté par les métabolites microbiens maternels. En fait, le microbiote maternel peut affecter la résistance ou la susceptibilité de la progéniture à une infection ultérieure.
Chez l’homme, les intestins fœtaux possèdent divers métabolites impliqués dans l’inflammation et le développement neurologique. La diversité des métabolites dans le méconium sert de marqueur de in utero expositions et facteurs de programmation prénatale contribuant à la composition du microbiote intestinal en début de vie.
Complications de grossesse
Les complications de la grossesse, en particulier le diabète sucré gestationnel (DG), la pré-éclampsie et l’accouchement prématuré (PTB), présentent des risques importants pour la santé maternelle et néonatale. Ces conditions sont étroitement associées à des changements dans l’environnement microbien de la mère qui modulent l’immunité et le métabolisme ; par conséquent, une meilleure compréhension des changements du microbiome pendant la grossesse est cruciale.
GDM
Le DG, caractérisé par une intolérance au glucose apparaissant pendant la grossesse, illustre l’interaction complexe entre le microbiome maternel et la santé métabolique. Cette condition déclenche non seulement une inflammation, mais induit également des changements substantiels dans le microbiome intestinal, qui contribuent à une cascade de réponses métaboliques et immunitaires qui affectent à la fois la mère et le fœtus.
Les profils métaboliques des femmes atteintes de DG, ainsi que de leurs nouveau-nés, présentent des différences significatives par rapport à celles ayant eu une grossesse saine. Ainsi, la dysbiose microbienne dans le diabète gestationnel peut avoir des implications à long terme sur la santé de l’enfant qui s’étendent au-delà de la gestation.
Pré-éclampsie
La pré-éclampsie, qui est une affection caractérisée par une hypertension artérielle et une protéinurie, est une autre complication de la grossesse à forte base microbienne. Des recherches récentes mettent en évidence des altérations significatives du microbiome intestinal des femmes souffrant de pré-éclampsie. Ces changements ne se limitent pas à la composition microbienne mais s’étendent aux aspects fonctionnels en affectant diverses voies métaboliques.
L’altération du paysage microbien dans la pré-éclampsie peut entraîner des déséquilibres métaboliques, dont certains sont d’origine microbienne. Ces perturbations peuvent contribuer à la physiopathologie de la pré-éclampsie qui affecte potentiellement le développement du fœtus et augmente le risque de futurs troubles cardiovasculaires.
PTB
La PTB, définie comme un accouchement survenant avant 37 semaines de gestation, est étroitement associée aux déséquilibres microbiens maternels. De plus, la dysbiose intestinale peut déclencher des processus inflammatoires au sein de l’utérus, influençant ainsi la maturation du système immunitaire fœtal. Cette inflammation intra-utérine entraîne souvent un large éventail de complications postnatales, ce qui illustre l’impact profond du microbiote maternel sur la santé néonatale.
La PTB est également associée à des altérations du microbiome du nouveau-né, ce qui complique encore le développement du système immunitaire du nourrisson et augmente sa susceptibilité à divers problèmes de santé.
Interactions microbiennes-immunitaires après la naissance
Le nouveau-né passe d’un environnement stérile à un monde riche en micro-organismes à la naissance. Une exposition microbienne précoce affecte le développement de l’immunité, des modèles microbiens spécifiques influençant le système immunitaire néonatal.
L’allaitement soutient ce processus en fournissant des composés immunitaires, des micro-organismes et des métabolites qui façonnent le microbiote intestinal et le système immunitaire du nourrisson. Le transfert d’anticorps maternels lors de l’allaitement assure également une protection immunitaire précoce des muqueuses. L’interaction des composants du lait maternel avec le système immunitaire du nourrisson est cruciale pour développer la tolérance et la régulation immunitaire.
Directions futures
Comprendre le rôle du microbiome dans l’issue de la grossesse et la modulation immunitaire nécessite des recherches plus approfondies. Les recherches futures devraient explorer les effets de l’exposition microbienne, les impacts à long terme, les interventions alimentaires et les produits microbiens spécifiques qui affectent les cellules immunitaires. De nouvelles thérapies comme la transplantation de microbiote fécal (FMT) sont à l’étude pour moduler le microbiote néonatal, en particulier après les accouchements par césarienne.
Le microbiome maternel joue un rôle crucial dans le développement immunitaire fœtal et néonatal et est influencé par l’alimentation, les facteurs environnementaux et les complications de la grossesse. Comprendre ces interactions complexes est essentiel pour développer des interventions ciblées visant à améliorer la santé maternelle et infantile.
